ET PAR LA CONVERSION DE TOUTES LES NATIONS A LA FOI
Regarde-moi, mon Dieu; mon Dieu, vois mes tourments; Pourquoi m'abandonner à mon affreux martyre? Mes cris pour t' émouvoir sont des rugissements, Et loin de mon salut ta grâce se retire.
A toi le long du jour j'élève mes clameurs, Et tu ne réponds point à ma cruelle peine : La nuit, mon cœur gémit et se distille en pleurs; Mais ton oreille est sourde, et mon attente est vaine.
Et cependant, ô Dieu que révère Israël, Ton temple n'est-il pas dans le cœur du fidèle? Oui, du cœur de tes saints tu te fais un autel. Et c'est là qu'on entend ta louange immortelle.
Nos pères en toi seul ont toujours espéré; Jamais à leurs soupirs fermas-tu tes oreilles? Dans leurs pressants besoins ils t'ont seul imploré. Et pour les délivrer tu fis tant de merveilles!
Quand ils ont d'un cœur humble invoqué ton pouvoir, Ta main qu'ils imploraient à les sauver fut prompte;
Et lorsque dans ton bras ils ont mis leur espoir, D'un sensible refus ils n'ont point eu la honte (1).
Mais dans lattreux état où je me vois réduit, D'homme, je suis à peine un chétif ver de terre; Le rebut méprisé d'un peuple qui me fuit. L'opprobre des humains qui me livrent la guerre.
Le passant ([iii me lance un regard dédaigneux. D'un ris superbe insulte à ma douleur extrême; 11 vomit contre moi cent discours outrageux : Je vois branler sa tête, et j'entends son blasphème.
C'est en Dieu, disent-ils, .qu'il a mis son espoir; Qu'il le sauve, ce Dieu, par sa toute-puissance. Qu'il descende à son aide, et qu'il nous fasse voir Que c'est en lui quil met toute sa complaisance.
Oui, j'espère en toi seul, ô mon Dieu; c'est ta main Qui m'a reçu sortant hors des flancs de ma mère; Faible et suçant le lait je pendais à son sein. Que tu prenais déjà pitié de ma misère.
Ce fut entre tes bras que je reçus le jour;
Dès ce premier moment tu me mis sous ton aile.
N'éloigne pas de moi, vive source d'amour.
Cet invincible bras qu'à mon secours j'appelle (2\
1. Ils ont mis en vous leur espoir, et ils n'ont point essuyé la honte d'un refus. — Latin : In te speraverunt, et non siint confusi. — Sacy: Ils ont espéré en vous, et ils n'ont point été confondus.
2. N'éloignez donc point de moi v^ltre secours. — Latin : Ne discesser is a me. — Sacy : Ne vous retirez pas de moi.
Psaumes. " "
Tu sais jusqu'à quel point, mon Dieu, je te suis cher, Et tu vois des pécheurs la fureur qui m'accable. Je suis au bord du gouffre, et prêt de trébucher : Nul ne me vient offrir une main charitable.
Je vois de toutes parts des taureaux irrités
Présenter à mes flancs une corne superbe;
Des taureaux furieux, plus gras, plus indomptés.
Que ceux qui de >Bassan dès longtemps paissent l'herbe.
Prêts à me dévorer, ils ont ouvert sur moi De leurs vastes gosiers les gouffres exécrables (1) : Les lions rugissants dont l'œil sème l'effroi Paraissent moins cruels et moins insatiables.
Comme une eau qu'on répand tout mon corps s'est dissous; Mes os se sont lâchés dans cet affreux mai'tyre. Et mon timide cœur, au feu de leur courroux, S'est fondu dans mes flancs comme un morceau de cire.
Comme un aride pot se rompt en vils débris, Ma force a succombé, ma chair s'est desséchée (2). Et j'ai pour t' implorer proféré tant de cris, Que contre mon palais ma langue est attachée.
Mon corps tout languissant en poudre se réduit : Une troupe de chiens de tous côtés m'aboie. Et je vois des pécheurs le gros qui me poursuit Comme d" ardents chasseurs courent après leur proie.
1. Ils ouvrent sur moi la gueule pour me dévorer. — Latin : Aperuerunt super me os suum. — Sacy : Ils ouvraient leur bouche pour me dévorer.
2. Mon corps aride, est aussi desséché qu'un poi; de terre cuite. — Latin : 'Aruit tamquam testa virtus 7nia. — Sacy : Toute ma force est desséchée comme la terre qui est cuite au feu.
Ils ont percé mes pieds, ils ont percé mes mains, Et compté tous mes os dans leur brutale rage. Ils ont lancé sur moi des regards inhumains. Et de sanglants mépris augmenté leur outrage (1).
Leur fureur insolente a fait de mes habits Entre tous mes bourreaux un coupable partage; Ma robe a de leur crime été l'indigne prix, Et d'un jeu détestable ils en ont fait le gage.
Mais toi que j'ai, Seigneur, si souvent imploré. Ne me refuse point l'aide que j'ose attendre; D'inflexibles bourreaux tu me vois entouré : Regarde mes tourments et pense à me défendre.
Le glaive étincelant déjà brille à mes yeux;
Détourne loin de moi sa pointe meurtrière :
De la cruelle dent de ces chiens furieux
Sauve une âme, ô mon Dieu, qui te fut toujours chère.
Sauve-moi des fureurs du lion rugissant;
Que sa rage insolente ait enfin quelques bornes.
Pour défendre mes jours. Seigneur, rends impuissant
Le criminel effort des farouches licornes.
De lem's bai'bares mains par ta grâce échappé, J'annoncerai ta gloire à l'Eglise fidèle; Et ton peuple à mes chants dans ton temple attroupé Avec moi publîra ta louange immortelle.
1. Ils lancent sui* moi des yeux pleins de mépris. — Latin: Ipsi vero ronsideraverunt et inspcxerunt iw. -• Sacy : Ils se sont appliqués à hk' regarder et à me considérer.
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0 vous qui d'un cœur humble aimez et craignez Dieu, A qui le loûra mieux chacun de vous combatte;. Vous, race de Jacob répandue en tout lieu, A le glorifier que votre zèle éclate.
Dans son culte pieux, que le sang d'Israël D'une sainte frayeur le craigne et le révère. Et qu'on chante partout qu'aujourd'hui l'Eternel N'a pas d'un malheureux dédaigné la prière.
Des élans que mon -cœur a jusqu'à lui poussés Il n'a point détourné son adorable face; Il a reçu mes cris, et mes vœux exaucés Auprès de sa clémence ont enfin trouvé grâce.
Pour louer avec moi tes immenses bienfaits. Mes chants assembleront ton peuple dans ton temple; Et là, pour m'acquitter des vœux que je t'ai faits, Au juste qui te craint je servirai d'exemple.
Le pauvre à ton banquet vient se rassasier; De ta manne céleste il a l'âme nourrie : Qui te cherche, Seigneur, sait te glorifier, Et tu lui donneras une éternelle vie.
Toutes les nations de ce vaste univers Pour leur unique Dieu viendront te reconnaître. Les peuples mieux instruits enfin les yeux ouverts Diront en t' adorant qu'ils n'ont point d'autre maître.
Oui^ ces peuples divers que la terre comprend Viendront avec respect te rendre obéissance. C'est de toi seul, mon Dieu, que tout pouvoir dépend, Et tout royaume ici fléchit sous ta puissance.
Les plus grands de la terre à ton l)anquet admis, A vivre de ton pain mettront toute leur gloire; Et tombant à tes pieds prosternés et soumis, Feront tout leur plaisir d'adorer et de croire (1).
C'est donc pour toi, Seigneur, c'est seulement pour loi Que vivra désormais mon âme délivrée; Et ma race à jamais instruite dans ta foi Adorera le Dieu qui de rien l'a tirée.
Cette race à venir dans les temps éloignés Observera tes lois, croira tes saints oracles; Et les deux instruiront ceux qui lors seront nés Des grâces que tu fais, et de tous tes miracles.
1. Tous les grands de la terre mangeront et adoreront; et tous les jnortels qui naîtront se prosterneront devant sa majesté. — Latin : Manducaverunt et adoraverunt omnes pingues terrœ; in conspectii ejus cadent omnes qui descendunt in terram. — Sacy : Tous les riches de la terre ont mangé et adoré; tous ceux qui descendent dans la terre tomberont en sa présence.