‹ Poèmes tragiquesChapitre 2 sur 69 · I.' A !•() I II rosi-. 1)1. M()I1(,,A- A I,- K r, H Y K . Il · texte numérisé non relu

I.' A !•() I II rosi-. 1)1. M()I1(,,A- A I,- K r, H Y K . Il

M.ii.s, pour le vil chacal qui vient mordre et déchire Le vieux lion sanglant au bord de son tombeau, Le souille de sa bave, et, devant qu'il expire. Le dévore dans l'ombre et lambeau par lambeau;

i^)ur le lâche, qu'il soit Hm3-r, Hadjcb, Khalyfe, Qui blêmit de la gloire éclatante d'autrui, Yblis le Lapidé le prendra dans sa grille Et crachera d'horreur et de dégoût sur lui.

Qirai-jc à dire, sinon rien? Car ma tâche est faite. j'ai vécu de longs jours et je meurs, c'est la loi. Mon sang, ma vie, Allah, les Anges, le Prophète, Plus haut que le tonnerre ont répondu pour moi. —

— Traître! n'atteste pas le saint Nom que tu souilles, Dit Soulymân. Réponds, confesse ton forfait.

Les vingt couronnes d'or des Goths et les dépouilles Des royales cités, voleur! qu'en as-tu fait?

Plus d'insolent silence ou de ruse subtile! Les Émyrs d'Occident t'accusent de concert. Rends ces trésors pour prix de ta vie inutile Et va cacher ta honte aux sables du désert. —

— Fais plutôt rendre gorge à ce troupeau d'esclaves Qu'engraisse la rançon des peuples et des rois,

Dit Mouça. J'ai parlé. Les sages et les braves,

O Khalyfe ! apprends-le, ne parlent pas deux fois. —

Tout pâle, Soulymân, se lève de son siège :

— Liez, tête et pieds nus, ce traître, et le traînez Sur un âne, à rebours, et qu'il ait pour cortège La fange et les cailloux et les cris forcenés!

Qu'un eunuque le tienne au cou par une corde; Que dans sa chair, saignant de l'épaule à l'orteil, A chaque carrefour le fouet qui siffle morde. Et tranchez-lui la tête au coucher du soleil!

Allez, et sachez tous qu'il n'est point de refuge Devant mon infaillible et sévère équité. —

— Soit! dit Mouça. L'arrêt, par Allah! vaut le juge. Khalyfe! songe à moi dans ton éternité. —

A travers la huée et les coups, par la ville. Sur un âne poussif bon pour d'abjects fardeaux. Le vieux guerrier, vêtu de quelque loque vile, Impassible, s'en va, les poings liés au dos.

La multitude hurle et le poursuit. Les pierres Volent, heurtant sa face et meurtrissant ses bras. Le fouet coupe ses reins saignante. Mais ses paupières Sont closes. Il ne voit, n'entend rien, ne sent pas.

Son âme s'en retourne aux splendides années Qui semblaient ne jamais décroître ni s'enfuir, Où, méditant déjà ses hautes destinées, 11 quittait l'Yémen et sa tente de cuir;

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Où, faroiiclic, cuivre de jeunesse et de force,

Il criait vers le ciel, ainsi qu'un lionceau

Qui s'essaie a rugir et déchire l'écorce

Des durs dattiers dont l'ombre abrita son berceau.

Il revoit ses combats de Syrie et de Perse, Ht i'iîgypte et Carthagc et le déser: ardent. Et les rudes tribus qu'il pourchasse et disperse Des gorges de l'Atlas ;\ la mer d'Occident;

Puis, le détroit franchi par les barques Berbères, Et son noble étalon qui, hérissant ses crins. Pour fouler le premier le sol des vieux Ibères Saute parmi l'écume et les embruns marins;

Les assauts furieux des hautes citadeller, La mêlée où, debout sur le large étrier, Le sabre au poing, trouant les hordes infidèles, Il buvait à longs traits l'ivresse du guerrier;

Et les bandes de Goths aux lourdes tresses rousses Fuyant, la lance aux reins, par les vais et les monts, Et les noirs cavaliers du Mahgreb à leurs trousses

Bondissant et hurlant comme un vol de démons

Allah ! jours de triomphe, heures illuminées Par rhéroïque orgueil hérité des aïeux!

Quand, du mont de Tharyk jusques aux Pyrénées, L'étendard de l'Islam flottait victorieux;

Quand les Chrétiens, traqués aux rocs des Asturies, Sur les sommets neigeux, au fond des antres sourds, Loin des belles cités et des plaines fleuries Vivaient avec les loups, les aigles et les ours!

Mouça, dans ses liens, hausse toute sa taille. Et sous ses sourcils blancs darde des 3'eux en feu : — O Croyants! balayez de bataille en bataille Ces chiens blasphémateurs du Prophète de Dieu!

Semblables aux torrents tombés des cimes blanches. Sur le pays d'Afrank ruez-vous, mes lions! A vous les fruits dorés qui font ployer les branches, La beauté de la vierge et le grain des sillons!

Enseignez la Loi sainte à l'idolâtre immonde! Ki trêve ni repos à ces buveurs de vin! Portez le nom d'Allah jusqu'aux confins du monde Et ne vous reposez qu'au Paradis divin! —

Amsi parle le vieux héros dans son délire. Et la boue et la pierre et l'injure et les coups. Et la clameur féroce et l'exécrable rire Le submergent comme un assaut de mille loups.

Mais, au Liban lointain, la flamme occidentale, Par flots rouges, s'enflant de parois en parois, Lionde les rochers qu'elle allume, et s'étale Sur les cèdres anciens, immobiles et droits.

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C'est riuiirc lie I;i mort. I.c suiiplicc est au tonne. X'oici le c.iirelDiir liinèl>re et le jxivé. L'ii soiiibie làliiopieii tléi;aîiie d'un |kmh^ leiiiie Le sabre iM'èle et Idiil; tant île lois é|)i-ouvé.

La loiile, alors, dont l'œil nuihiple se dilate, Voit se translîgin'cr riionime aux membres sanglants. Ses haillons sont d'axur, d'argent et d'écarlate; La cotte d'acier clair luit et soinie à ses lianes.

Il n'est plus garrotté sur le morne squelette Qu'un eunuque abruti traîne par le licou, Et qui geint de fatigue, et qui butte, et halète, Et tend son maigre col d'un air sinistre et fou.

Eunuque, Éthiopien, âne poussif et gauche, Tout s'efface. Lui seul surgit, l'épée en main. Sa barbe et ses cheveux rayonnent. Il chevauche La Créature auguste aux lèvres de carmin,

Aux serres d'aigle, avec dix blanches paires d'ailes, Al-Borak, dont la croupe est comme un bloc vermeil, Et qui, telle qu'un paon constellé de prunelles. Élargit la splendeur de sa queue au soleil.

Agitant ses crins d'or, la céleste Cavale,

Dans la sérénité de l'air silencieux.

D'une odeur ineffable embaume l'intervalle

Qu'elle a franchi d'un bond en s'envolant aux cieux.

l6 POÈMES TRAGIQUES.

Elle plane, elle va, majestueuse et fière. De ses beaux yeux de vierge et du divin poitrail Sortent d'éblouissants effluves de lumière Dont ruisselle sa plume ouverte en éventail.

Tous deux, loin des rumeurs confuses de la terre, En un magique essor, irrésistible et sûr, Montent. Leur gloire emplit l'espace solitaire; Ils touchent aux confins suprêmes de l'azur.

Comme une torche immense ardemment secouée. Le Couchant fait jaillir jusqu'à l'Orient noir Le sombre et magnifique éclat de la nuée. Et Mouça disparaît dans la pourpre du soir.

LA

TÈTE DE KENWARC'H

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La Ti'lc (le Knniuirc'h

CHAXT DK MOUT GALLOIS DU V l" SIKCLE

Loin du Cap de Pcnn'hor, oi'i hurlait la niclée Sombre comme le rire amer des grandes Hnux, IBonds sur bonds, queue au vent, crinière échevelée, Va! cours, mon bon cheval, en ronflant des naseaux.

Qu'il est sombre le rire amer des grandes Eaux!

Franchis roc, val, colline et bruyère fleurie. Sur le funèbre Cap que la mer ronge et bat, Kenwarc'h le Chevelu, le vieux Loup de Kambrie, Gît, mort, dans la moisson épaisse du combat.

Oh! le Cap de Penn'hor que la mer ronge et bat!

Cris et râles ont fait silence sous la nue : L'âme des braves vole à l'étoile du soir. La tête de Kenwarc'k pend sur ma cuisse nue El d'un flux rouge et chaud asperge ton poil noir.

L'âme farouche vole à l'étoile du soir!

Oc'h! Le corbeau joyeux fouille sa blanche gorge; Moi, j'emporte sa tête aux yeux naguère ardents. Par lourds flocons, pareille à la mousse de l'orge, L'écume, avec le sang, filtre à travers ses dents.

Voici sa tête blême aux yeux naguère ardents!

Je ne l'entendrai plus, cette tête héroïque, Sous la torque d'or roux commander et crier; Mais je la planterai sur le fer de ma pique : Elle ira devant moi dans l'ouragan guerrier.

Oc'h! oc'h! C'est le Saxon qui l'entendra crier!

Elle me mènera, Kenwarc'h! jusques au lâche Qui t'a troué le dos sur le Cap de Penn'hor. Je lui romprai le cou du marteau de ma hache Et je lui mangerai le cœur tout vif encor!

Kenwarc'h ! Loup de Kambrie ! oh ! le Cap de Penn'hor 1

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