SACRE DE PARIS
Le Sacre de Varis
O Paris ! c'est la cent deuxième nuit du Siège, Une des nuits du grand Hiver.
Des murs à l'horizon l'écume de la neige S'enfle et roule comme une mer.
Mâts sinistres dressés hors de ce flot hvide, Par endroits, du creux des vallons,
Quelques grêles clochers, tout noirs sur le ciel vide. S'enlèvent, rigides et longs
Là-bas, palais anciens semblables à des tombes, Bois, villages, jardins, châteaux.
Effondrés, écrasés sous l'averse des bombes Fument au faîte des coteaux.
Dans l'étroite tranchée, entre les parois froides. Le givre étreint de ses plis blancs
L'œil inerte, le front blême, les membres roides, La chair dure des morts sanglants.
Les balles du Barbare ont troué ces poitrines
Et rompu ces cœurs généreux.
La rage du combat gonfle encor leurs narines,
Ils dorment là serrés entre eux.
L'âpre vent qui tranchit la colline et la plaine
Vient, chargé d'exécrations.
De suprêmes fureurs, de vengeance et de haine.
Heurter les sombres bastions.
il flagelle les lourds canons, meute géante
Qui veille allongée aux affûts, El souffle par instants dans leur gueule béante
Qu'il emplit d'un râle confus.
11 gronde sur l'amas des toits, neigeux décembre.
Sépulcre immense et déjà clos.
Mais d'où montent encor, lamentables, sans nombre,
Des murmures faits de sanglots ;