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LA XIMENA

La Xiniena

En Castille, à Burgos, Hernan, le Justicier, Assis, les reins cambrés, dans sa chaise à dossier, Juge équitablement démêlés et tueries, Foi gardée en Léon, traîtrise en Asturies, Riches-hommes, chauffés d'avarice, arrachant Son escarcelle au Juif et sa laine au marchand, Et ceux qui, rendant gorge après leur équipée. Ont sauvé le Chaudron, la Bannière et l'Épée.

Or, les arrêts transmis par les scribes, selon Les formes, au féal aussi bien qu'au félon, Les massiers dépêchés, les sentences rendues, Les délinquants ayant payé les sommes dues. Pour tout clore, il advient que trente fidalgos

Entrent, de deuil vêtus, et par deux rangs égaux. La Ximena Gomez marche au centre. Elle pleure Son père mort, pour qui la vengeance est un leurre. La sombre cape enclôt, de plis roides et longs, Son beau corps alangui, de l'épaule aux talons; Et, de l'ombre que fait la coiffe et qu'il éclaire, Sort comme un feu d'amour, d'angoisse et de colère. Devant la chaise haute, en son chagrin cuisant. Elle heurte aux carreaux ses deux genoux, disant :

— Seigneur! donc, c'est d'avoir vécu sans peur ni blâme.

Que, six mois bien passés, mon pèie a rendu l'âme

Par les mains de celui qui, hardi cavalier.

S'en vient, pour engraisser son faucon familier,

Meurtrir au colombier mes colombes fidèles

Et me teindre la cotte au sang qui coule d'elles!

Don Rui Diaz de Vivar, cet orgueilleux garçon.

Méprise grandement, et de claire façon,

De tous tes sénéchaux la vaine chevauchée.

Cette meute sans nez sur la piste lâchée,

Et qu'il raille, sachant, par flagrantes raisons.

Que tu ne le veux point forcer en ses maisons.

Suis-je d'un sang si vil, de race tant obscure.

Roi! que du châtiment il n'ait souci ni cure ?

Je te le dis, c'est faire affront à ton honneur

Que de celer le traître à ma haine. Seigneur!

Il n'est point Roi celui qui défaille en justice.

Afin qu'il plaise au fort et que l'humble pâtisse

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