‹ Poèmes tragiquesChapitre 6 sur 69 · LA LAMPE DU CIEL · texte numérisé non relu

LA LAMPE DU CIEL

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La Lampe du Ciel

Par la chaîne d'or des étoiles vives La Lampe du ciel pend du sombre azur Sur l'immense mer, les monts et les rives. Dans la molle paix de l'air tiède et pur Bercée au soupir des houles pensives, La Lampe du ciel pend du sombre azur Par la chaîne d'or des étoiles vives.

Elle baigne, emplit l'horizon sans riu De l'enchantement de sa clarté calme ; Elle argenté l'ombre au fond du ravin.

Et, perlant les nids posés sur la palme, Qui dorment, légers, leur sommeil divin, De l'enchantement de sa clarté calme Elle baigne, empUt l'horizon sans fin.

Dans le doux abîme, ô Lune, où tu plonges.

Es-tu le soleil des morts bienheureux.

Le blanc paradis où s'en vont leurs songes?

O monde muet, épanchant sur eux

De beaux rêves faits de meilleurs mensonges,

Es-tu le soleil des morts bienheureux

Dans le doux abîme, ô Lune, où tu plonges ?

Toujours, à jamais, éternellement,, Nuit! Silence! Oubli des heures amères!

Que n'absorbez-vous le désir qui ment, Haine, amour, pensée, angoisse et chimères? Que n'apaisez-vous l'antique tourment, Nuit! Silence ! Oubli des heures amères! Toujours, à jamais, éternellement?

Par la chaîne d'or des étoiles vives, O Lampe du ciel, qui pends de l'azur, Tombe, plonge aussi dans la mer sans rives ! Fais un gouffre noir de Tair tiède et pur Au dernier soupir des houles pensives, O Lampe du ciel, qui pends de l'azur Par la chaîne d' or des étoiles vives !

PANTOUMS MALAIS

'Pantoiims îKalais

L'éclair vibre sa llcchc torse A l'horizon mouvant des flots.

Sur ta natte de fine écorce Tu rêves, les yeux demi-clos,

A l'horizon mouvant des flots La foudre luit sur les écumes.

Tu rêves, les yeux demi-clos.

Dans la case que tu parfumes.

La foudre luit sur les écumes.

L'ombre est en proie au vent hurleur.

Dans la case que tu parfumes Tu rêves et souris, ma fleur!

44 POÈMES TRAGIQ.UES,

L'ombre est en proie au vent hurleur, Il s'engouffre au fond des ravines.

Tu rêves et souris, ma fleur !

Le cœur plein de chansons divines.

Il s'engouffre au fond des ravines.

Parmi le fracas des torrents.

Le cœur plein de chansons divines, Monte, nage aux cieux transparents !

Parmi le fracas des torrents L'arbre éperdu s'agite et plonge.

Monte, nage aux cieux transparents, Sur l'aile d'un amoureux songe!

L'arbre éperdu s'agite et plonge, Le roc bondit déraciné.

Sur l'aile d'un amoureux songe Berce ton cœur illuminé!

Le roc bondit déraciné Vers la mer ivre de sa force.

Berce ton cœur illuminé !

L'éclair vibre sa flèche torse.

l'ANTOlJMS MAI.Ars, ^5

Voici des perles de Mascate Pour ton beau col, 6 mon amour!

Un sang frais ruisselle, écarlate, Sur le pont du blême Giaour.

Pour ton beau col, ô mon amour, Pour ta peau ferme, lisse et brune!

Sur le pont du blême Giaour Des yeux morts regardent la lune.

Poui ta peau ferme, lisse et brune.

J'ai conquis ce trésor charmant.

Des yeux morts regardent la lune Farouche au fond du firmament.

J'ai conquis ce trésor charmant, Mais est-il rien que tu n'effaces?

Farouche au fond du firmament, La lune reluit sur leurs faces.

46 PO ÈMKS TRAGIQUES,

Mais est-il rien que tu n'effaces?

Tes longs yeux sont un double éclair.

La lune reluit sur leurs faces, L'odeur du sang parfume l'air.

Tes longs yeux sont un double éclair; Je t'aime, étoile de ma vie !

L'odeur du sang parfume l'air.

Notre fureur est assouvie.

Je t'aime, étoile de ma vie, Ra3^on de l'aube, astre du soir!

Notre fureur est assouvie, Le Giaour s'enfonce au flot noir.

Rayon de l'aube, astre du soir.

Dans mon cœur ta lumière éclate !

Le Giaour s'enfonce au flot noir!

Voici des perles de Mascate.

l'ANTOLMS MALAIS. 47

Sous l'arbre où pend la rouge mangue Dors, les mains derrière le cou.

Le grand python darde sa langue Du haut des tiges de bambou.

Dors, les mains derrière le cou, La mousseline autour des hanches.

Du haut des tiges de bambou Le soleil filtre en larmes blanches.

La mousseline autour des hanches.

Tu dores l'ombre, et l'embellis.

Le soleil filtre en larmes blanches Parmi les nids de bengalis.

Tu dores l'ombre, et l'embellis, Dans l'herbe couleur d'émeraude.

Parmi les nids de bengaHs Un vol de guêpes vibre et rôde.

48 POÈMES TRAGiaUES.

Dans l'herbe couleur d'émeraude Qui te voit ne peut t'oublier!

Un vol de guêpes vibre et rôde Du santal au géroflier.

Qui te voit ne peut t'oublier ; Il t'aimera jusqu'à la tombe.

Du santal au géroflier L'épervier poursuit la colombe.

Il t'aimera jusqu'à la tombe !

O femme, n'aime qu'une fois!

L'épervier poursuit la colombe; Elle rend l'âme au fond des bois.

O femme, n'aime qu'une fois !

Le Praho sombre approche et tangue.

Elle rend l'âme au fond des bois Sous l'arbre où pend la rouge mangue.

l'ANTOtl MS MA I aïs. 49

Le hinné fleuri teint tes ongles roses, Tes chevilles d'ambre ont des grelots d'or. J'entends miauler, dans les nuits moroses, Le Seigneur rayé, le Roi de Timor.

Tes chevilles d'ambre ont des grelots d'or. Ta bouche a le goût du miel vert des ruches. Le Seigneur rayé, le Roi de Timor, Le voilà qui rôde et tend ses embûches.

Ta bouche a le goût du miel vert des ruches. Ton rire joyeux est un chant d'oiseau.

Le voilà qui rôde et tend ses embûches : C'est l'heure où le daim va boire au cours d'eau.

Ton rire joyeux est un chant d'oiseau.

Tu cours et bondis mieux que les gazelles. C'est l'heure où le daim va boire au cours d'eau ; Il a vu jaillir deux jaunes prunelles.

50 POÈMRS TRAGIQUES.

Tu cours et bondis mieux que les gazelles, Mais ton cœur est traître et ta bouche ment! Il a vu jaillir deux jaunes prunelles; Un frisson de mort l'étreint brusquement.

Mais ton cœur est traître et ta bouche ment! Ma lame de cuivre à mon poing flamboie. Un frisson de mort l'étreint brusquement : Le royal Chasseur a saisi sa proie.

Ma lame de cuivre à mon poing flamboie; Nul n'aura l'amour qui m'était si cher. Le royal Chasseur a saisi sa proie ; Dix griffes d'acier lui mordent la chair.

Nul n'aura l'amour qui m'était si cher, Meurs ! Un long baiser sur tes lèvres closes ! Dix griffes d'acier lui mordent la chair. Le hinné fleuri teint tes oncles roses !

O mornes yeux! Lèvre pâlie!

J'ai dans l'âme un chagrin amer.

Le vent bombe la voile emplie, L'écume argenté au loin la mer.

J'ai dans l'âme un chagrin amer :

Voici sa belle tête morte !

L'écume argenté au loin la mer, Le Praho rapide m'emporte.

Voici sa belle tête morte !

Je l'ai coupée avec mon kriss.

Le Praho rapide m'emporte En bondissant comme l'axis.

Je l'ai coupée avec mon kriss; Elle saigne au mât qui la berce.

En bondissant comme Taxis Le Praho plonge ou se renverse

Elle saigne au mât qui la berce ; Son dernier râle me poursuit.

Le Praho plonge ou se renverse, La mer blême asperge la nuit.

Son dernier râle me poursuit.

Est-ce bien toi que j'ai tuée ?

La mer blême asperge la nuit, L'éclair fend la noire nuée.

Est-ce bien toi que j'ai tuée?

C'était le destin, je t'aimais !

L'éclair fend la noire nuée, L'abîme s'ouvre pour jamais.

C'était le destin, je t'aimais !

Que je meure afin que j'oublie!

L'abîme s'ouvre pour jamais.

O mornes yeux ! Lèvre pâlie !

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