‹ PoésieChapitre 178 sur 274 · Tracée: marquée · texte numérisé non relu

Tracée: marquée

1G6 IIARMO.MLS l'UliriQLE^ LT RELIGIEUSES

Trônes, autels, temples, portiques.

Peuples, royaumes, républiques, U'

Sont la poussière du chemin ;

El 1 histoire, écho de la tombe,

N'est que le bruit de ce <jui tombe

Sur la route du genre humain.

Plus vous descendez dans les âges, i--^

Plus ce bruit s'élève en croissant,

Comme en approchant des rivages

Que bat le Ilot retentissant.

Voyez passer l'esprit de l'homme

De Thèbe et de Memphis à Rome, i3o

Voyageur terrible en tout lieu.

Partout brisant ce qu'il élève.

Partout, de la torche ou du glaive,

Faisant place à l'esprit de Dieu !

Il passe au milieu des tempêtes i35

Par les foudres du Sinaï,

Par les verges de ses prophètes.

Par les temples d'Adonai !

Foulant SOS jougs, brisant ses maîtres,

Il change ses rois pour ses prêtres, i4o

Change ses prêtres pour des rois ;

Puis, broyant palais, tabernacles.

i3o. Thcbes (v. XXIX, i53) et Memphis. Capitales de l.n liante et de l,i Basse-Egypte clans l'antlcjuité. — La civilisation égyptienne et la civillsnlion romaine sont prises ici comme types des civilisations humaines en général : la première répond à ce que Lamartine, dans sa lettre Sur la poliliqtie rationnelle, appelle « 1 âge théocratique n, la seconde à ce qu'il appelle « l'âge tyrannique » (Pol. rat., vi). L'idée fondamentale est que ce que fonde riiomme est essenliellement instable et qu'il est lui-même l'artisan de ces perpétuels changements.

i34. Faisant place à. Entendez : faisant de la place pour, préparant la place de. — A l'esprit do l'homme, c'est-à-dire au génie humain. q>ii crée et détruit sans trêve les empires et les civilisations, le pocto oppose l'esprit de Dieu, c'est-à-dire l'idée d'un progrès intelligent et indéfini, donl l'homme est sans le savoir et malgré lui l'instrument.

i36. Sinaï. V. IX, ii'3 (note).

i37. Verges. Attribut ordinaire des prophètes, en particulier de Moïse.

i38. idi/onai" (maître suprême), un des noms de Dieu chez les Hébreux.

LES REVOLU l IONS 1G7

Il sème ces débris d'oracles Avec les débris di' ses lois I

Déployant ses ailes rapides, i45

11 plonge au désert de Memnon ;

Le voilà sous les Pyramides,

Le voici sur le Partliénon :

Là, cacbant aux regards de l'homme

Les fondements du pouvoir, comme i5o

Ceux d'un temple mystérieux ;

Là, jetant au vent populaire,

Comme le grain criblé sur l'aire.

Les lois, les dogmes et les dieux !

Las de cet assaut de parole, i!.5

Il guide Alexandre au combat;

L'aigle sanglant du Capilole

Sur le monde à son doigt s'abat :

L'univers n'est plus qu'un empire.

Mais déjà l'esprit se retire ; 160

Et les peuples, poussant un cri, .

Comme un avide essaim d'esclaves

Dont on a brisé les entraves,

Se sauvent avec un débri.

i43. Oracles, c'est-à-dire dogmes religieux et reçus par révélation, s'oppose à lois, comme prêtres à rois et lahernacles à palais. ■ — Toute cette strophe résume, un peu confusément, l'histoire du peviple juif dans l'antiquilé.

1/16. Memnon. V. XVIII, 20 (note). — Le désert de Memnon est la Ilaiite- Égypto.

1/17. Les Pyramides, voisines de Memphis, représentent la Basse-Egypte. Ilisloiiquement, la suprématie de Memphis a précédé celle de Thèbes.

1^8. Parllu-non. V. X[, 3 (note).

i^g. Là. En Egypte. Allusion au caractère thcocratique du pouvoir des pharaons.

i5a. Là. A Athènes. Allusion au gouvernement démocratique de celte cité.

iGo. Se relire. Entendez: se retire de Rome (au moment des invasion» barbares et de la dissolution de l'empire).

161. Les peuples, soumis jusqu'alors à la domination romaine.

iG4. Débri. Licence, pour débris. Cf. XXXIV, 23. — Chacun de ce»

upleb semble garder et dérober un fragment de la puissance romaine. Cf. l'euipire de Charlemagne se déchirant en « lambeaux ».

Levez-vous, Gaule et Germanie, i65

L'Iieure de la vengeance est là !

Dos ruines c'est le yénie

Qui prend les rênes d'Attila !

Lois, forum, dieux, l'aisccaux, tout croule ;

Dans l'ornière de sanj^ tout roule, 170

Tout s'éteint, tout (unie. 11 fait nuit,

Il fait nuit, pour cpie l'ombre encore

Fasse mieux éclater l'aurore

Du jour où son doigt vous conduit !

L'iiomme se tourne à celle flamme, 175

Et revit en la regardant :

Cliarlemagne on lait la grande âme

Dont il anime l'Occident.

Il meurt : son colosse d'empire

En lambeaux vivants se déciiire, 180

Comme un vaste et pesant manteau

Fait pour les robustes épaules

Qui portaient le Rhin et les Gaules ;

Et l'esprit reprend son marteau !

De ces nations mutilées iS5

Cent peuples naissent sous ses pas,

Races barbares et mêlées

Que leur mère ne connaît pas ;

Les uns indomptés et farouches.

Les autres rongeant dans leurs bouches 190

Les mors des tyrans ou des dieux ;

i68. Atlila. Chef des Huns, qui envahirent et Hovastcrcnl l'Eiiropo au milieu du v« siècle après J.-C. Il s'intitulait lui-mcme le Fléau de Dieu.

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