Feuille. V. \X.V1I, 68 (note
Les oiseaux qu'il a pris en leur jetant du grain,
Et les chevreuils privés qui mangent dans sa main :
Car, soit par préférence ou soit par habitude, û5
Tous ces doux compagnons de notre solitude,
l^iches de la montagne, élans, oiseaux des bois,
Accourent à sa vue et volent à sa voix.
Nous mangeons sur la main ce que le jour nous donne,
Le lait, les simples mets que la joie assaisonne; 5o
Nous mordons tour à tour à des fruits inconnus,
Ou pour nous abreuver nous en pressons le jus;
Pour les mortes saisons nous mettons en réserve
Ceux que le soleil sèche et que le temps conserve.
A chaque invention de l'un l'autre applaudit; 55
On prévoit, on combine, on se trompe, et l'on rit;
Dans ces mille entreliens le long soir se consume;
Sur le foyer dormant le dernier tison fume,
Et souvent dans le lac, miroir de notre nuit,
Nous voyons se lever l'étoile de minuit : 60
Alors nous nous mettons à genoux sur la pierre,
Vers la fenêtre où flotte vm reste de lumière,
1) où Lamcnce, inclinant son front grave et pieux,
Sur la croix du tombeau jette souvent les yeux ;
l'^t quand, après avoir béni cette journée 61
(^ue nous rendons à Dieu comme il nous l'a donnée.
Après avoir j)rié pour que d'autres soleils
Nous ramènent demain, toujours, des jours pareils,
Après avoir oflert nos vœux pour ceux qui vivent.
Au souvenir des morts nos prières arrivent, 70
Laurence, en répondant aux versets, bien des fois
A, malgré ses efl'orts, des larmes dans la voix.
tih. Privés : apprivoisés. Cf. XL, 6g ; XLI, g.
Z|5. Oa soit. Redondance qui se trouve plusieurs fois chez Inniarlino.