‹ PoésieChapitre 27 sur 99 · LE CONSEIL DU SOFI · texte numérisé non relu

LE CONSEIL DU SOFI

Fils de pères mortels, marcheur aux courses brèves, Conçois la vanité du fait et du dessein; Chaque goutte du sang qui pleure dans ton sein Est la bulle crevée, homme! d'un de tes rêves.

Que rimmobilité t accoutume au trépas, Puisqu'enfin dans un sol aux sèves épuisées Tu sèmes vainement, de sueur arrosées, Les actions, ces grains qui ne germeront pas.

Soirs moroses 8i

En repos, puisque Tœuvre est stérile, en silence, Puisque le plus haut bruit n'a qu'un furtif moment. Apprends à contempler l'abîme fixement De rimmense repos et du silence immense.

Avec tout ce qui pense et vit, romps tous accords Ne mange ni ne bois, car le jeûne délie ; Ignorant, n'apprends rien; si tu savais, oublie; Méprisant ton esprit à légal de ton corps.

Que tout ton être, hors des modes et des formes, Vers l'absolu converge en un parfait effort; Et que tes yeux soient clos comme les yeux d'un mort, De sorte que, veillant, il semble que tu dormes.

Sans maison ni foyer, sans souvenirs ni vœux. Subis, inerte, Tombre et Thiver, et la pluie, Et l'âpre vent qui, seul, en les tordant, essuie. Sur ta face qu'il cingle et gerce, tes cheveux!

N'écarte pas Thyène ou lonce qui se vautre Sur un lambeau de chair à tes flancs arraché; Que du sinistre oiseau sur ta tête perché Le bec te crève un œil sans te faire ouvrir Tautre.

82 Soirs moroses

Buvant le vin de l'œuvre en ces coupes d'or faux Qu'ils appellent puissance, honneurs, gloires, conquêtes, Triomphent dans les champs souillés d'horribles fêtes Les rouges moissonneurs dont un glaive est la faux.

D'autres hommes, au vent qui gonfle les voilures, A la source, à l'oiseau, disent : Chante avec nous ! Ivres d'avoir vaincu, sous la lune, à genoux. L'effroi des jeunes seins baignés de chevelures!

Quelques-uns sont pieux, doux, humbles à lafîront. Charitables. Les dieux comblent leurs espérances. Mais tous, esprits liés encore aux apparences. N'ayant pas dédaigné de vivre, revivront.

Ressaisis par le temps, meule aux rudes rouages. Sans halte et dans la peur des incessants retours, Ils tourneront, broyés sous les destins toujours. D'être en être, de lieux en lieux, d âges en âges!

O lassitude enfin de voir encor les cieux ! Le roi, de qui lorgueil en la pourpre défaille, N'envîra plus lamant désabusé qui bâille Dans le perfide lit des femmes aux beaux yeux!

Soirs moroses 83

Sois l'immobile roc où les vents et les fleuves Se brisent et d'où nul écho ne leur répond ; Car le renoncement total est le seul pont Par lequel soit franchi le torrent des épreuves.

Et bientôt;, à la source unique retourné, Où le néant avec soi-même communie.

Tu participeras à la paix infinie.

Délivré de renaître et n'étant jamais né.

Soirs moroses

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