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succès dont la fatuité d'Alphonse Lemerre, qui doit avoir la fatuité d'un homme heureux, pourrait cependant s'étonner. Il est vrai que ce vieux Bernai Diaz del Castillo n'est pas tout seul dans le livre. A côté de son individualité, il y a celle de son traducteur, qui — en dehors de sa traduction — a fait œuvre d'histoire pour son propre compte et à sa manière, et cette manière est telle qu'elle mérite que la Critique s'y arrête, pour la bien caractériser.
Chose facile, d'ailleurs ! José-Maria de Heredia a placé à la tète de sa traduction deux tableaux historiques qui lui appartiennent en propre : le tableau de l'Espagne de 1513 à 1514, et celui de la jeunesse de Cortez ; et ces deux tableaux introduisent et classent très haut leur auteur dans la littérature historique de ce temps. Ils sont réellement d'un relief extraordinaire. Heredia a donné là un très beau support d'écusson aux armoiries du vieux chroniqueur Diaz, avec ces deux resplendissants morceaux. On dirait, à les voir l'un et l'autre, le lion lampassé et ongle de gueules et la licorne du blason qu'ils soutiennent. On dirait qu'ils font ressortir, tous les deux, par leur beauté fabuleusement héraldique, la simplicité de cet héroïque écusson. Délicieux et piquant contraste entre la naïveté charmante du chroniqueur et la pompe de l'homme qui, dans sa traduction, à respecté cette naïveté divine, et qui nous apparaît, à côté, avec un talent fulgurant de l'éclat damasquiné d'une armure !
Flexibilité et magnificence ! Dons de poète ! C'est que Heredia a commencé par en être un. C'est, chez lui, sur le brillant pilotis du poète que se trouve bâti le prosateur. Jeune, il y a quelques années, il débuta dans la littérature par des vers, et fit partie de cette école qui s'intitula elle-même « les Parnassiens ». Je n'aime, pour les poètes, ni les écoles ni même les groupes. Les poètes ne sont pas faits, selon moi, pour aller et paître en troupeaux. S'ils sont vraiment grands, ils sont solitaires et ne relèvent que d'eux... Malheureusement, Heredia relevait un peu trop, comme tous les Parnassiens, du reste, de ce lapidaire à'Émaux et Camées qui, pour nous avoir jeté, si l'on veut, des diamants à la tête, ne nous en pas moins lapidés ! Heredia est, dans son fond intime (qu'il me permette de le lui dire!), poétiquement un gautiériste... C'est là le mal commun de la poésie de ce moment du siècle... Or Gautier, c'est le symbole de Pygmalion renversé. Pygmalion faisait sortir la femme de la pierre, et Gautier l'y faisait rentrer. Galatée, pour Gautier, c'est le marbre et sa ligne. Ce n'est pas la femme, ce n'est pas le cœur qui est là dedans, et que le Génie doit en arracher ! Je sais bien que José-Maria de Heredia a
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composé beaucoup de vers que je pourrais citer et dans lesquels il a su mêler au marbre impassible de Gautier une veine de sentiment superbe que Gautier ne connut jamais, — la veine rouge de la fierté humaine, — mais il n'en est pas moins certain que l'ensemble des poésies de ce poète, qui a cette noble veine, porte la trace ou le souvenir d'une admiration que je ne voudrais pas voir dans ses œuvres pour le grand pétrificateur delà poésie passionnée. Et voilà pourquoi la prose de José de Heredia meparaîtau-dessus deses vers. Si travaillés, si fouillés et ciselés qu'ils puissent être, ces vers ont le destin de la pierre, même précieuse ; et ils ne s'enlèvent pas aussi légèrement que cette prose, qui a plus d'ailes, parce qu'elle a plus d'âme, et, parce qu'elle a plus d'âme, qui a plus de vie et plus de couleur !
La couleur!... C'est là, en efFet, qu'il faut en venir, puisqu'il s'agit de Heredia, de ce grand coloriste en prose inconnu encore, même dans le coloriste en vers qu'on connaissait, et qui rayonne et se projette en ces deux morceaux historiques comme une promesse, faite à l'Histoire, d'un artiste pour plus tard de la plus singulière puissance de plasticité. La couleur, cette chose moderne qui est devenue une exigence, était rare dans la littérature historique d'autrefois, plus grave et plus nerveuse que colorée. Nous avions eu, en ces derniers temps, Saint-Simon, Chateaubriand, Michelet, ces Titiens ou ces Tintorets de 1 Histoire ;
mais ils étaient les seuls. Je ne crois pas qu'en fait de coloristes on pût remonter beaucoup plus haut qu'à Thistoriographe Mathieu, un artiste énorme et oublié, dont Lemerre, qui a eu la hardiesse d'éditer un Agrippad'Aubignéinlégval, et qui publie la Chronique de Diaz del Castillo, devrait bien éditer le Louis AI, lequel, par le pittoresque, ferait pâlir le Louis Xf de Michelel. Telles étaient nos richesses. Voici maimenant Heredia ! Mais celui-ci n'est point un historien que je vous annonce dans la tradition de la plupart, ou même de la totalité (à l'exception de Mathieu peut-être) des historiens qui ont dominé ou illustré l'Histoire. Lui, c'est un artiste en histoire bien plus qu'un historien, et il faut être précis dans le maintien de cette distinction... Les historiens ont des jugements, et des passions, et des convictions, et des partis pris et des polémiques... Ils font incessamment acte de cerveau, à chaque minute de la durée; mais le coloriste que voici ne fait, lui, qu'acte de pinceau. Seulement, ce pinceau, chose exceptionnelle 1 a une magie qui met la vision, dans l'esprit du lecteur, à la place de la penst-e.
On voit, sous ce pinceau qui n'est jamais une plume, l'Espagne à cette date de 1313 à 1314 ; on la voit, en masse, comme si on y était, ou plutôt on y est, dans celte Espagne dont on partage les sensations, comme le peintre qui, s'il n'en vibrait pas lui-même, ne pourrait pas nous les donner ! Ici l'impression et la couleur
sont si justes que Técrivain n'a pas besoin de peser sur son récit. Il vole et passe comme un résumé qui a tout pris sans rien étreindre,etil nous emporte dans le plus rapide, maisle plus net des panoramas. Jamais l'art des ensembles n'aété plus grand... Nous sommes uniquement ici dans les sensations générales de l'époque et de l'universel milieu. Tout y est, rien n'est oublié de l'inventaire épique de la civilisation espagnole au moment de la mort de la grande Isabelle la Catholique et de l'invasion de cette sacrée soif de l'or qui s'empara alorsde la militaire etreligieuse Espagne, et qui la jeta, après l'avoir dépravée, comme un vampire, sur le Nouveau Monde. Écoutez l'histoire de ce vampirisme de l'or ! « Les femmes — dit Heredia « après Salazar — sont les rets dont Satan lie les « cœurs. Armes du diable, ainsi les définit la Célesline, u ce bréviaire d'amour tant de fois imprimé à Se ville. « Les Ândalouses, s'il faut en croire les vieux mora- « listes, ont toujours été singulièrement douées de « cette antique malice qui voua la race d'Adam aux « flammes de l'enfer. Leurs maris, qui sont des plus ja- « loux de l'Espagne, avaient beau jeu à les tenir sous a des verrous solides, derrière des fenêtres savam- « ment grillées. Mais il n'est point, d'après le commun « proverbe, de porte de fer que ne brise un marteau « d'argent. Les Sévillannes avaient dès lors le renom « de préférer aux galants qui allaient chercher fortune « aux Indes ceux qui en revenaient avec les galions.
« Elles ne voulaient déjà plus de Galaors ni d'Ado- « nis. Les mains pleines de dons avaient plus d'ef- « ficace près d'elles que les sourires et les promesses. « Elles ne cherchaient plus qu'à mesurer l'amour « avec l'aune de l'intérêt. L'ardente jeunesse qui « avait suivi Pedrarias (l'amiral de l'Armada) dut Té- « prouver à ses dépens... Vives emploie plus d'un de « ses Dialogues au fastueux dénombrement de ces « somptuosités. Les Sévillannes aimaient les prome- « nades à la prairie de l'Alameda. Elles y allaient, en « allègres compagnies, faire collation sur l'herbe de « confitures et de pâtisseries que l'on servait dans ces « belles terres émaillées de Valence, de Triana et de « Malaga où la lumière fait chatoyer des reflets de « saphir, de cuivre rouge ou d'or pâle, dans la conca- « vite éblouissante, sur l'ombilic armorié des plats. <i Elles se plaisaient à goûter les vins blancs, rouges, « paillets, de Candie, de Ribadavia, de Guadalcanal et o de Manzanilla, dans ces frêles verreries de Cadahalso « où persiste la nerveuse gracilité des formes orien- « taies. Les assignations secrètes se donnaient alors « volontiers dans la calle de Chicarreros, qui est la « rue des Orfèvres, ou dans la galerie des Merciers. a L'argent des patrimoines vendus et des majorats « engagés fondit vite. Le jeu, le trente par force, la « prime, les alburs, le chilindron, la triomphe, le « reynado, les dés, prirent le reste. Les aventuriers « insoucieux encore voyaient sans inquiétude s'épui-
« ser leurs bourses... Les soldats se contaient leur « misère. Ils avaient vu depuis longtemps disparaître « leur dernier castillan d'or. Des deux mois de solde « qui leur avaient été payés à leur arrivée, il ne res- « tait plus une blanque, plus un maravedi. Ils étaient « en train, comme dit énergiquement Oviedo, de « manger leurs capes dans les hôtelleries. L'enchan- « teresse Séville n'avait plus de charmes pour eux . « Ils avaient tout vu... »
Quelle fresque ! mais on est obligé de s'arrêter, tant elle se prolonge ! et tout est fresque de cette beauté dans cette longue description, dans cette empreinte levée si ardemment de l'Espagne du xvi' siècle... L'évocateur de cette Espagne perdue et retrouvée ajoute encore, quelques pages plus bas : « Les dan- « seuses d'Andalousie n'avaient point dégénéré depuis ft le temps de Martial et de Pline où elles emplis- « saient de leur folie lascive les festins consulaires et « les voies impures de Suburra. Elles avaient, comme a alors, dans leurs cheveux d'un noir d'enfer, une « fleur d'œillet ou de grenadier insolemment piquée « au-dessus de la conque de l'oreille, des lèvres « rouges que gonfle une sève luxurieuse, les pau-
« pières sombres, Toeillade furlive et fulgurante, des « reins onduleux, lascivos docili tremore lumbos... « A toutes ces promesses de paradis diaboliques, « s'ajoutait un charme nouveau, irrésistible. Le dan- « ger les faisait plus désirables. Le soir, les soldats « s'égaraient volontiers, au delà du Guadalquivir, « dans les faubourgs obscurs et mal famés. Ces rues « tortueuses, les taudis qui les bordent, s'animent, « après le coucher du soleil, d'une vie étrange. L'al- « guazil s'y hasarde peu. Des vieilles femmes crient « des boudins, des beignets frits à l'huile, du vin M noir. D'autres, assurément plus sorcières que maa dones, font commerce d'amulettes, et, à voix basse, « de philtres équivoques. Elles savent aussi lire dans « une paume ouverte les pensées les plus secrètes, « l'espoir, la fortune future. Des hommes passent « rapidement, embossés dans leur cape. Plus loin, « des éclats de voix, des rires, des battements de « mains. Une porte s'ouvre. C'est une cour moresque « tapissée d'arbustes et de plantes comme on en voit « tant à Séville. Des lampes fumeuses, de forme an- « tique, l'éclairent. Là, au milieu d'un cercle de « figures farouches, brigands de la Sierra, contre- « bandiers, bravaches, vauriens, dontlesyeux ardents « l'enveloppent de leurs effluves, quelque fringante c fille, mal vêtue de hailloDS éclatants, se cambre « dans une pose hardie. Le claquement sec des casta- 0 guettes, le rdle des guitares, les tambours bourdon-
« nants, les cris gutturaux, l'odeur capiteuse des « orangers fleuris, le vertige d'une danse enragée, « la nuit, des vins brûlants, des bouffées chaudes, « le vent des jupes envolées sifflant autour des han- « ches, troublent, énervent, font courir dans les « veines de ces hommes à demi africains, toute la « flamme, tous les frissons d'une ivresse furieuse, « sanguinaire et bestiale. Un mot, un geste, et tous « les couteaux sont en l'air, cherchant des gaines « neuves ! Le rêve de plus d'un Conquérant s'acheva « dans la boue fétide et sanglante des ruelles de « Triana. Les ruffians de Séville, dit Ambrosio de « Salazar, dans son Miroir général de la Grammaire, « ont toujours été réputés vaillants mâles, plus lestes « qu'aucun moine à expédier un chrétien avec le « viatique d'un blasphème et du sang frais en guise « d'huiles saintes. »
Voilà la manière de José-Maria de Heredia, — de ce peintre qui ne porte pas pour rien, comme vous voyez, un nom espagnol. La couleur — la couleur espagnole aussi ! — répandue ici partout, rougit tout, et flambe et fume dans chacune de ses phrases comme du sang de taureau versé, et cette couleur, il ne se contente pas delà répandre, il la boit; et comme Cambyse, qui, lui! mourut d'avoir bu du sang de taureau, il ne meurt pas du sien ; il ne meurt pas de sa couleur; mais recommence de la répandre et de la boire ! Il en est inépuisable et insatiable. Ce peintre, qui s'enivre
de sa peinture, ne se met, je l'ai dit, je crois, jamais à part de ce qu'il peint. Il est le centre de ce que lord Byron appelait « la puissance congrégatoire » de la poésie. Quand, parmi les touches vivantes et palpitantes de son style, une réflexion ou une ironie lui échappe, comme, par exemple, « ces couteaux qui « cherchent des gaines neuves », ou encore « ce via- « tique du blasphème et ces saintes huiles d'un sang « frais », ce sont bien là des ironies ou des manières de dire de ces gens du peuple de 1514 en Espagne. Le peintre est devenu Vhovime- foule de ce peuple qu'il ramène sous une poussée de traits pressants et de coups de pinceaux acharnés, dans l'orbe visuel de la Postérité. Quand il arrive à la jeunesse de Cortez, d'ailleurs peu connue, de ce grand homme qui commença par le ribaud, de ce mauvais sujet obscur dont le visage physique, « couleur de cendre, — dit-il, — mais aux yeux de braise », n'a été illuminé plus tard que par la gloire, José-Maria de Heredia a moins l'aisance de son talent, trop large pour s'étrangler dans une biographie qui tourne au portrait. Il lui faut, à ce peintre de masses, à ce maître de la fresque qui procède toujours par de magnifiques accumulations de détails, et qui, pour les entasser, a besoin d'espace, il lui faut, pour jouer dans sa force, le pourtour d'un peuple, l'hémicycle d'une société ou d'une époque, et je ne connais guères que Macaulay, dans plusieurs de ses beaux Essais historiques, publiés
dans La Revue d'Edimbourg^ qui ait cette étendue et cette largeur d'embrasse; mais Macaulay, bien plus littéraire que plastique, n'a pas la couleur de José- Maria de Heredia, quoique Macaulay, comme Heredia, ait été un poète avant de devenir un prosateur !
Eh bien, le croira-t-on ? c'est ce coloriste d'aujourd'hui et dont j'ai essayé de faire connaître la palette qui, au lieu de traduire quelque grand écrivain de génie, a mieux aimé emboîter le pas, en le traduisant, derrière un vieux soldat oublié, et bravement chausser les vieilles bottes et la casaque de guerre de cet héroïque roquentin ! Charme des qualités contraires! Le vieux Conquistador en a eu un pour ce fils des Conquistadores qui s'était promis d'écrire un jour l'histoire de leurs Conquêtes. Sur le chemin de cette histoire projetée, il a rencontré le sublime bonhomme, pur comme un croisé des premières croisades, net de l'or qui avait taché tant de mains et corrompu jusqu'aux épées, et il a fait avec lui accointance. Peut-être est-ce d'une main gourde de vieillesse ou endolorie de blessures que le vieux soldat chroniqueur. Don Quichotte anticipé, avait écrit, pour l'honneur de la vérité, cette pauvre relation ignorée,
et bonne pourtant à remettre en lumière à l'usage des grands cœurs, s'il en reste encore, et José-Maria de Ileredia l'y a remise. Grâces lui soient rendues ! Certes! avec sa nature poétique et plastique, avec ses facultés de coloriste débordant, Heredia a dû soufi'rir de s'être passé cette gourmette du mot à mot, humble et résigné. Il a dû terriblement lui en coûter pour se tasser et se ramasser dans ce rail ! Mais la traduction qu'il s'est infligée est si bien obtenue, elle est si bien réussie, qu'on ne dirait jamais qu'elle nous vient de ce Somptueux I Si La Fontaine eût su l'espagnol, il l'aurait ainsi faite. Heredia est aussi un Conquistador comme ses pères. Il a conquis la naïveté qu'on ne conquiert pas d'ordinaire, ce verre d'eau de source que le plus brillant ou le plus charmant talent n'a pas toujours à nous offrir, et qui est le meilleur breuvage, pour nos esprits et pour nos âmes, que le génie lui-même puisse nous donner I
Et il s'est trouvé qu'ainsi traduite, la pauvre relation était un chef-d'œuvre ! D'accent, je ne connais rien de plus touchant et de plus savoureux que cette Chronique, où des choses épiques par la grandeur sont racontées avec une simplicité sublime. L'indomptable, l'ineffaçable chrétien respire toujours dans le capitaine d'aventure, dans le Jason de cette toison d'or, qui était plus touché de voir planter une croix dans le sol conquis que de voir arracher l'or, par paquets, de ses entrailles !... Pour avoir quelque
livre à comparer à cette Chronique, il faut, selon moi, remonter jusqu'aux adorables Mémoires du sire de Joinville. Non que je compare les deux compagnons! Joinville est une figure presque céleste. Il n'y a pas d'âme, dans toute l'Histoire, de supérieure à la sienne, si ce n'est celle de Jeanne d'Arc ; mais Jeanne d'Arc était un Séraphin ! L'ami de Gortez n'était pas l'ami de saint Louis, et Joinville est le saint Jean Évangéliste de ce saint Roi, en Notre Seigneur Jésus- Christ. Et cependant l'homme de sac et de corde espagnol, l'aventurier à la. diable, avait quelque chose de commun avec le pur Sénéchal, et c'est la foi chrétienne, qu'il n'a jamais perdue ! et c'est encore ce souffle de simplicité qui vient de 1 Évangile et qu'on trouve aussi dans sa Chronique, — brise de Dieu qui passe, à chaque instant, sur ses récits I
J'ai dit en commençant que cette Chronique n'est pas finie, et qu'elle va continuer. José-Maria de Ileredia se contentera-t-il de publier le second volume de sa traduction, — de cette traduction dont il n'a pas eu besoin de nous donner le texte original, tant elle est pénétrante et tant nous sentons dans notre âme, en la lisant, qu'elle est exacte et sincère? Ou
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bien ajoulCTa-t-il au secoad volume de sa traducbion des fragments d'histoire de son chef, comme ceux dont il a accompagné le premier? Pourquoi ne pas lui dire que je le voudrais ?... Je ne connais rien de Heredia que le grand coloriste en histoire. Il m'a fait admirer un artiste auquel je ne m'attendais pas. Il a fleuri pour moi, dans ma tête, comme un cactus qui déchire avec éruption son enveloppe. Mais le grand historien va peut-être surgir et éclater à son tour... José-Maria de Heredia nous annonce non plus des tableaux historiques, mais une histoire complète de la conquête du Mexique, et l'historien, qui est fait de hauteur de vue et de moralité, va-t-il planer ici sur la vie de sa couleur, et s'y dresser dans l'auguste attitude de cette double force nouvelle?.,. Alors, au lieu d'un grand artiste, nous compterions un grand historien, et, toujours conquistador, il aurait planté son pennon dans l'Histoire, comme Pizarre sur la terre des Incas, et, pour finir par un mot de sa connaissance :
Et le vent des hauteurs, qui souffle peur rafales. Tordrait superbement ses franges triomphales !