‹ Poésie (volume 2)Chapitre 67 sur 99 · SCÈNE DE TSARDA · texte numérisé non relu

SCÈNE DE TSARDA

Il est tard. La tsarda penche sur l'eau son mur, Mais ne peut s'y mirer, tant la rivière est sombre,

* Taverne.

Le bac reste immobile, à la chaîne, dans l'ombre. Le monde se repose et le ciel est obscur.

Quel bruit dans la tsarda! Chants et cris à la ronde. Le cymbalum frissonne et retentit sans fin. « Eh ! l'hôtesse ! Fleur d'or! Apporte-nous du Afin, Vieux comme mon aïeul et chaud comme ma blonde !

«Allons, Tsigane! Ici tout de suite, et dansons! Que la danse me brûle à son ardente flamme ! Je veux perdre en sautant mon argent et mon âme. Donc, tu vas nous jouer tes plus folles chansons. »

Mais on frappe à la vitre. — « Holà! qu'on se dégrise ! C'est un vacarme affreux. Mon maître veut dormir. » — « Qu'il aille au diable !... Et toi, Tsigane, fais frémir Ton archet, fallût-il te donner ma chemise ! »

On frappe de nouveau. C'est un enfant. — « Pitié !... Un peu plus bas ! . . . Ma mère est malade. . . ma mère ! » On fait : « Chut ! » au Tsigane, on boit le fond du verre, Et tous les gars s'en vont sur la pointe du pied.

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