‹ Poésie (volume 2)Chapitre 78 sur 99 · FLUX ET REFLUX · texte numérisé non relu

FLUX ET REFLUX

Écoute le mie étouffé Du flot lointain! L'An Tristement son dernier Àvé.

Du flot lointain! L'Angélus tinte

Mon àme est par l'angoisse atteinte; Je tiens, comme pour un départ, Ta main, froide malgré l'étreinte.

La falaise est dans le brouillard; Le vent humide nous pénètre.

Entends ce goéland criard!

Pour bien d'autres, ton cœur fut traître; Ton passé n'est point innocent.

Tu vas m'abandonner peut-être !

La nuit tombe et la mer descend.

Le jour grandit et la mer monte,

Allons courir sur les galets !

Comme le ciel est pur! Sois prompte.

Plus d'un bateau plein de filets S'en va, le long du quai qu'il frôle, Vers les horizons violets.

Serre-toi contre mon épaule, Et, le cœur joyeux, allons voir La vague écumer sur le môle !

Que j'étais injuste, hier soir; Je doutais de toi, ma chère âme!

Ce bleu matin me rend l'espoir.

Ton passé cruel, pauvre femme, Nos larmes d'amour l'ont lavé, Comme est ce rocher par la lame.

Vois! Le bon soleil s'est levé.

Aimons-nous sans crainte et sans honte, Notre bonheur est retrouvé !

Le jour grandit et la mer monte.

ski d Franc

p ir Boutehé

Toast champêtre

! On

a de boules

TOAST CHAMPETRE

Mai, qu'avait jusqu'alors désolé le vent aigre,

Mai, frileux sous les fleurs, en habit de vinaigre,

S'était enfui. Joyeux, dans le ciel enchanté,

Le chaud soleil de Juin proclamait : « C'est l'été î »

Celle qui connaît bien mon sentiment pour elle

Choisit sa robe claire et sa plus fraîche ombrelle ;

Et, pour le beau pays de forêts et d'étangs

Qui cache nos amours depuis quelques printemps,

De grand matin, heureux de vivre, nous partîmes.

Les poiriers du chemin sont nos amis intimes.

Ouand, dans la carriole au vieux cheval boiteux,

Nous passons, les rameaux murmurent : « Ce sont eux! »

Et, grise de plein air et de grand paysage,

Ma mignonne leur prend des feuilles au passage.

Rien n'a changé. Yoici l'auberge! Sur le seuil,

Le vieux chien du logis vient pour nous faire accueil;

Notre chambre est la même. En ouvrant la fenêtre,

La même saine odeur de forêt nous pénètre.

Yoici le pied tronqué de l'orme qu'on scia;

En face, dans le parc, le même acacia

Répand, comme jadis, son odeur printanière.

J'entends le loriot comme la fois dernière,

Et songe : « Le bonheur qui se peut retenir

Est tout dans l'habitude et dans le souvenir. »

Cependant, ma petite amie, — oh! comment dire Le charme tendre et fin de son joli sourire? — Bien contente, elle aussi, dans ce coin retrouvé, A ri, comme autrefois, du portrait mal gravé Du pauvre Monsieur ïhiers en toupet ridicule ; Elle a mis son chapeau fleuri sur la pendule, Oté ses gants de Suède, et puis, ayant pensé, Tout à coup, qu'on ne s'est pas encore embrassé, Elle s'approche, avec son air sainte-n'y-touche, Et pose lentement sa bouche sur ma bouche.

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