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SUR LA PLAGE

La pleine mer moutonne, au loin, sur les brisants.

Dans les rocs qu'ont usés les flots et les jusants,

La lame écume et bout, au pied de la falaise ;

Et, debout dans le vent, la jeune Granvillaise,

Un bras devant les yeux, regarde à l'horizon;

Car l'équinoxe approche, et voici la saison

Où la côte normande a le plus de naufrages;

Et les gens sont au large; et, par ce temps d'orages

Le brave matelot auquel elle a permis

De l'embrasser, un soir de printemps, son promis,

Est parti, ruisselant sous sa cape cirée,

Pour pêcher le hareng, dans un chasse-marée ;

Et pas un seul bateau n'est encor revenu !

Anxieuse, elle attend, le roc sous son pied nu,

Et laisse son jupon se tordre au vent. La bise

Fait saillir ses seins durs sous la cretonne bise

Et palpiter aussi, blanches dans un rayon,

Les ailes du bonnet qui semble un papillon.

Une main sur les yeux, l'autre sur l'encolure,

Elle est vraiment superbe ainsi : sa chevelure

A le reflet luisant des ailes du corbeau,

Et ses yeux, en dépit du haie de la peau

Et des lourds cheveux noirs tordus comme des câbles,

Ses yeux sont bleus, ainsi que le chardon des sables.

Belle enfant, que je vis sur la plage, un matin,

Je suis las de Paris et du quartier d'Antin,

Des sentiments d'album, des beautés de keepsake.

A mes amours passés qui, lorsque les dissèque

Mon souvenir, s'en vont en cendres sous mes doigts,

Je préfère le rêve heureux que je te dois.

Car il m'a transporté, pendant une minute,

En pleine mer, là-bas, sur la barque qui lutte,

Et j'ai cru que j'étais le rude matelot

Qui, pour te revenir, va profiter du flot.

Oui, de ma voile au loin tu vois la silhouette ;

Tu crains que ce ne soit, d'abord, une mouette;

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