‹ PoésieChapitre 64 sur 128 · L'ARAIGNÉE DU PROPHÈTE · texte numérisé non relu

L'ARAIGNÉE DU PROPHÈTE

Mohammed, qui venait d'épouser Kadidja, N'était qu'un chamelier de l'Hedjas; mais déjà Las de voir adorer des idoles ingrates, Son esprit méditait les sublimes sourates Du Koran et rêvait la grandeur d'un seul Dieu, En plein désert, devant l'infini du ciel bleu.

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Or, à l'heure torride où le soleil accable Les chameaux et les fait se coucher dans le sable, Accroupis et brisés sur leurs rugueux genoux, Mohammed, en sueur sous le poids du burnous, Vit, près de lui, s'ouvrir une caverne sombre; Et, tenté par le calme et la fraîcheur de l'ombre, Celui qui fut plus tard le Prophète et l'Émir Dans ce trou de lion se coucha pour dormir; Et, Iorsqu'ayant posé sous sa tête une pierre, Il allait sommeiller et fermait la paupière, Une énorme araignée, au ventre froid et gras, Glissa de son long fil et courut sur son bras. Brusquement mis sur pieds d'un bond involontaire, Mohammed rejeta l'insecte immonde à terre, Et, frissonnant, sans lui laisser le temps de fuir, Leva pour l'écraser sa sandale de cuir. Mais soudain il songea que, puisque Dieu la crée, La bête la plus laide est utile et sacrée, Et que l'homme, déjà trop plein de cruauté, Ne doit la mettre à mort que par nécessité; Et, clément, il laissa partir l'horrible bête.

Depuis lors, bien du temps a passé.

Le Prophète

Aux ordres de la loi musulmane a soumis Sa femme, ses enfants, ses parents, ses amis. Chaque jour, à sa voix, l'Islam s'accroît du triple. Aux plus lointains pays du désert maint disciple S'en est allé, portant, cachés sous ses habits, Les saints versets écrits sur des os de brebis; Et vingt tribus au seul Allah rendent hommages. Pourtant les vieux Mekkains, adorateurs d'images,, Dont la grande mosquée accueillait à la fois Trois cent soixante dieux d'or, d'argile et de bois, Et ceux à qui les djinns font peur, et les sectaires D'Hobal, et le bas peuple, avide de mystères, Qui prit pour une idole et qui divinisa La vierge byzantine avec l'enfant Issa, Et tous ceux qui tuaient leurs fdles en bas âge. Ont pris en sainte horreur l'homme pieux et sage Qui leur parle d'un Dieu qu'ils ne comprennent pas ; Ils souillent de crachats la trace de ses pas; Et la calme douceur qu'il garde sous l'outrage Augmente leur colère et redouble leur rage. On brandit le candjiar, en lui montrant le poing, Et le Prophète va périr, s'il ne fuit point.

Une nuit donc, il part, seul avec Abou-Beckre.

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