‹ PoésieChapitre 74 sur 128 · DUEL DE RAFFINÉS · texte numérisé non relu

DUEL DE RAFFINÉS

— Mais j'y compte.

— A l'épée?

— A l'épée*

— À merveille, marquis.

— Quand cela?

— Sur-le-champ.

— Sur-le-champ, c'est exquis.

Foin des édits du fils trop chaste d'Henri quatre î Ce gai soleil d'avril est charmant pour se battre. Descendons sur la berge; on nous gênera moins. »

Ils prennent en passant deux suisses pour témoins, S'en vont au bord de l'eau, jettent là sur les pierres Chapeaux et mantelets, et tirent leurs rapières.

Les deux soldats, en gens courtois, en font autant.

On s'aligna. Ce fut l'affaire d'un instant.

En méthode d'escrime, est bien fou qui s'obstine

A mettre la lombarde avant la florentine.

Le marquis, par un coup terriblement sournois,

Fut digne de son maître, Astolfo le Siennois.

Le vicomte, percé d'une longueur de lame,

Tomba, fit un sursaut ou deux, et rendit l'âme.

Alors, en rajustant au vainqueur son pourpoint,

L'un des soldats lui dit :

« Vous le haïssiez?

— Point.

— Peut-on vous demander la cause de l'affaire?

— La couleur des cheveux qu'il convient qu'on préfère. Il était pour les noirs, moi je suis pour les blonds.

— Vous avez été vif, mon gentilhomme... Allons!

Pour cheveux blonds ou noirs faut-il qu'on se courrouce?

— C'est vrai, dit le bretteur, car ma maîtresse est rousse. »

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