‹ Poésie latineChapitre 58 sur 82 · Nomen dulce cf · texte numérisé non relu

Nomen dulce cf

matris] patri Schrader ; tout au plus supposerait-on matri, à cause d'une dittographie de Ys de solum. Avec matris, que nous gardons, on peut entendre que la mère et la fille portaient le même cognomen, Argentea

solum... pignus enfant unique.

13. 14. — Ce distique est très difficile à expliquer ; encore faudrait- il être sûr du texte ! En suivant celui de Bùcheler, et en interprétant comme lui calidum par aestas, « le chaud » pour « la belle saison », on arrive à ceci : « La saison a, par la fraîcheur de la nuit (la gelée), flétri (2) les

(i) Dans Phèdre IV, 19, 4, il semble que l'on doit lire non nocuit mais necuit (Pithou, L. Mûller, Havet).

(2) Le mot decoxit serait, en ce cas, très exact : une gelée brusque, au printemps, cuit les feuilles, les dessèche et les noircit comme si le feu avait passé sur elles.

fleurs printanières, et la mort ennemie a supprimé (1) le bourgeon ». Reste in fructu ; on dirait plutôt « le fruit dans le bourgeon », que « le bourgeon dans le fruit » ; y a-t-il ici un renversement maladroit des termes ? ou bien devons nouscomprendre fructu dans le sens de profit ? La gelée a tué le bourgeon, dans le profit, la jouissance qu'il promettait ? La première explication nous paraît préférable ; il semble qu'il y ait dans cette phrase une confusion quelconque, et le texte de meure suspect.

(i) Exactement : a a enlevé » ; tulit pour abstulit, voy. plus haut, 44, C, comment.

Florentina mihi quondam dulcissima conjunx

Et toto penitus pectore fixa meo, Te pudor et probitas caram fecere marito

Conservansque toros inviolata fides.

Militiae studiis secura mente vacavi 5

Creveruntque mei te modérante lares.

Nunc tua deserti quaerunt solacia nati,

Ingemit et tristis te moriente domus.

Suscipe quapropter carmen ferale Boniti,

Quod mihi luctificum est, sed tibi dulce nimis. 10

De Rossi Inscr. chrét. de Rome 11,118, 101, d'après le Palatinus ; Gruter 1177, 2 ; Bùch. 1429.

Epitaphe de Florentina ; elle vient peut-être de Yager Veranus (1). Si rien, dans cette pièce élégante, ne rend impossible qu'il s'agisse d'une sépulture chrétienne, rien non plus ne donne lieu de le supposer, et nous penchons à croire que c'est une de ces nombreuses inscriptions païennes que les pèlerins ont recueillies indifféremment, voy. plus loin, p. 227, à la lin, et 228.

Florentina était la femme d'un officier (v. 5) ; elle laissa plusieurs enfants (v. 7).

1 . — Florentina ce cognomen se lit dans une autre inscription, C. I. L. II, 2274 (Wilm. 608 q; Bûch. 173) : Egnatia Florentina.

2, — toto pectore cf. Virgile Aen. IX, 276 jam pectore toto Accipio ; Ovide, Trist. V, 4, 24 in toto pectore; — et, ici, 18, 4: viscera tota.

7. — tua au sens subjectif : les consolations que tu leur donnais.

deserti délaissés ; cf. Properce II, 8, 29 : abrepta désert us conjuge Achilles.

9. — Boniti Bùcheler voit dans ce nom le seul indice de nature à faire soupçonner que l'on est en présence d'une inscription chrétienne. On trouve chez Pétrone (Sat. 74 vers la fin) bonatus, dans le sens de solide, bien bâti.

10. — luctificum cet adjectif n'est pas rare ; il se rencontre, chez Cicéron, dans une traduction

(i) Voy. plus haut. p. 219, n. 1.

envers d'Eschyle, Tusc. II, 25; chez Lucain, VII, 2 (Franken écrit liictifugus, à tort); Stace, Theb. X, 552; Valerius Flaccus III, 292. — Voy. aussi Bùch. 1405, 14 : luctificas curas.

nimis « extrêmement ».

Helpis dicta fui, Siculae regionis alumna,

Quamprocul a patria conjugis egit amor.

Quo sine maesta dies, nox anxia, fiebilis hora ;

Nec solum caro, sed spiritus unus erat. Lux mea non clausa est tali rémanente marito 5

Majorique animae parte superstis ero.

Porticibus sacris jam non peregrina quiesco

Judicis aeterni testificata thronum, Ne qua manus bustum violet, nisi forte jugalis

Haec iterum cupiat jungere membra suis 10 Ut tbalami tumuliqae comis nec morte revellar

Et socios vitae nectat uterque cinis.

De Rossi Inscr. chrét. de Rome II, 79, 6 et 130, 14, et p. 126, d'après les Recueils des vne et vnr siècles ; Burin. II, 138; Mey. 824; Bùch. 1432.

Epitaphe d'Helpis.

Elle existait jadis à Rome, sous le portail de Saint-Pierre ; nous ne la connaissons que par des manuscrits.

Le cognomen Helpis n'est pas rare ; voyez Wilmanns : 227 Mindia Helpis ; 353 Acca H. ; 441 Flavia H. ; 455 Statilia H. ; 487 Vettia H. ; 1390 Julia H. ; 1749 Nasennia H. ; 2095 Julia H. — En grec, voy. Kaibel, 293 : 'EXttI; 1'j.oiy' ovon 'èort.

On a cru que celle dont il s'agit ici n'était autre que la femme de Boèce. Mais nous savons le nom de la femme de Boèce et nous sommes renseignés à son sujet: petite-fille de Symmaque, elle se nommait Rusticiana, et elle survécut à son mari, comme le prouvent les derniers vers de l'épi gramme que voici (Riese, Anthol. latine, 933, et Burm., II, 137) :

Symmachus de Boelhio (i).

Fortunae et virtutis opus, Séverine Boethi, E patria pulsns non tua per scelera,

Tandem ignotns habes qui te colat, ut tua virtus, Ut tua fortuna (2) promeruitque sophos.

Post obitum dant fata locum, post fata superstes Uxoris propriae te quoque fama colit.

(i) Peiper (p. i46 de son édit. de Boèce) donne également ces vers comme étant de Symmaque ; Meyer croit que l'auteur serait le deuxième fils de Boèce, consul en 523.

(a) Pour la finale brève à cette place du pentamètre, cf. plus haut 44, A et p. 309 le commeutaire au mot casta.

Dira-t-on que Rùsticiana pouvait joindre à d'autres noms le nom d'Helpis? ou bien que l'Helpis dont nous étudions l'épitaphe fut une première femme de Boèee? Mais il est invraisemblable que, dans un cas comme dans l'autre, il n'y ait pas un mot relatif à la, gloire de Boèce et, dans le premier cas, à celle de Symmaque ! Nous avons affaire à une inscription d'un caractère à la fois amoureux et religieux, consacrant la mémoire d'une jeune femme éprise, dont le mari, s'il fut vraiment exilé, avait dû occuper une situation de quelque importance, mais sans être illustre et en vue comme l'était Boèce. De ce jeune couple chrétien, nous ne savons que l'exil probable (1) du mari, le nom de la femme et son pays d'origine. Rien, dans les vers eux-mêmes, ne donne prétexte à imaginer qu'il s'agit de la femme de Boèce ; il nous reste à dire pourquoi on l'a cru si longtemps (2).

C'est parce que cette épitaphe d'Helpis figure dans les manuscrits de Boèce, dans G (le Bernensis), par exemple, et dans d'autres (3) ; et ce fait luimême vient tout simplement de ce qu'Helpis était inhumée auprès du tombeau de Boèce, et que, dans les manuscrits, nous sommes en présence d'inscriptions relevées par un voyageur. Naturellement,

(i) Probable seulement; le vers 2 ne dit pas formellement que ce soit là la cause qui l'a éloigne de son pays.

(2) C'est encore 1 opinion de A. Poizat, Les poètes chrétiens (1902), p. 168.

(3) Voy Peiper, édit. de Boèce, préf. , p. xxxvi.

les étrangers, le plus souvent des pèlerins, qui copiaient ces textes, les groupaient d'après les endroits où il les découvraient. Or, en tête du groupe publié par Peiper dans la préface de son édition de Boèce, nous lisons la mention de l'église de Pavie (Saint-Pierre-au-ciel-d'or) où reposaient les restes de Boèce ; et le copiste des inscriptions nous dit que Boèce est nommé Sanctus Severinus a provincialibus, c'est-à-dire « par les gens du pays ». Donc, c'est bien un étranger, c'est un voyageur qui recueille des épitaphes ; il présente ensemble celles qui se trouvent dans le même lieu. Là est tout le secret, et il n'y a aucune raison de prendre pour la femme de Boèce, ni d'essayer de connaître davantage la jeune Sicilienne qui parle un si beau langage d'amour et de piété.

2. — Quam procul a patria... sous réserve de ce qui est dit, p. préc, n. 1, cf. Ovide, Trist., I, 3, 82 :

Te sequar et conjunx exsulis exsul ero.

3. — Lux mea sans doute, lux n'est pas rare pour signifier « la vie » ; mais lux mea est fréquent surtout comme expression de tendresse « celui ou celle qui fait ma vie », non, comme ici, pour la réalité et la durée de l'existence.

6. — majori ablatif en i, cf. Lucain, VII, 162 majori pondère ; Stace, Silv., I, 3, 50 aère minori ; Theb., VI, 845, minori corpore ; Juvénal, 7, 77, leviori sumptu; et voy. Priscien, VII, 69, p. 346, H. — Ce n'est donc pas le même cas que pour super-

stis et comis, plus bas ; il faut ici une longue, et la pièce est en vers réguliers, superstis = superstes.

8. — testificata au sens actif, comme d'ordinaire ; on le trouve au passif chez Cicéron, Ad Att., I, 17, 7 et chez Ovide, Fast, IV, 326.

Page 1