‹ PoésieChapitre 1 sur 217 · VAT · texte numérisé non relu

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Les personnes qui voudront bien jeter un coup d'œil sur ce livreW ne s’en feraient pas une idée précise, si elles y voyaient autre chose qu’un commencement.

Ce livre est-il donc un fragment? Non. Il existe à part. Il a, comme on le verra, son exposition, son milieu et sa fin.

Mais, en même temps, il est, pour ainsi dire, la première page d’un autre livre.

Un commencement peut-il être un tout? Sans doute. Un péristyle est un édifice.

L'arbre, commencement de la forêt, est un tout. Il appartient à la vie isolée, par la racine, et à la vie en commun, par la sève. À Jui seul, il ne prouve que l’arbre, mais il annonce la forêt. |

Ce livre, s’il n’y avait pas quelque affectation dans des com- | paratsons de cette nature, aurait, lui aussi, ce double caractère. Il existe solitairement et forme un tout; il existe solidairement et fait partie d’un ensemble.

Cet ensemble, que sera-t-il?

Exprimer l'humanité dans une espèce d'œuvre cyclique; la peindre successivement et simultanément sous tous ses aspects, histoire, fable, philosophie, religion, science, lesquels se résument en un seul et immense mouvement d’ascension vers la lumière, faire apparaître, dans une sorte de miroir sombre et clair — que l'interruption naturelle des travaux terrestres brisera

1) Pré ï 2% oies 7e Préface de Ja première série (1859). Lessindications de cette préface se rapportent aux deux volumes publiés à cette époque.

probablement avant qu’il ait la dimension rêvée par l’auteur — cette grande figure une et multiple, lugubre et rayonnante, fatale et sacrée, l'Homme; voilà de quelle pensée, de quelle ambition, si l’on veut, est sortie /4 Légende des Siècles.

Les deux volumes qu'on va lire n’en contiennent que la première partie, la première série, comme dit le titre.

Les poëmes qui composent ces deux volumes ne sont donc autre chose que des empreintes successives du profil humain, de date en date, depuis Eve, mère des hommes, jusqu’à la Révolution, mère des peuples; empreintes prises, tantôt sur la barbarie, tantôt sur la civilisation, presque toujours sur le vif de l’histoire; empreintes moulées sur le masque des siècles.

Quand d’autres volumes se seront joints à ceux-ci, de façon à rendre l'œuvre un peu moins incomplète, cette série d’empreintes, vaguement disposées dans un certain ordre chronologique, pourra former une sorte de galerie de la médaille humaine.

Pour le poëte comme pour l'historien, pour l’archéologue comme pour le philosophe, chaque siècle est un changement de physionomie de l'humanité. On trouvera dans ces deux volumes, qui, nous le répétons, seront continués et complétés, le reflet de quelques-uns de ces changements de physionomie.

On y trouvera quelque chose du passé, quelque chose du présent, et comme un vague mirage de l’avenir. Du reste, ces poëmes, divers par le sujet, mais inspirés par la même pensée, n'ont entre eux d'autre nœud qu'un fil, ce fil qui s'atténue quelquefois au point de devenir invisible, mais qui ne casse jamais, le grand fil mystérieux du labyrinthe humain, le Progrés.

Comme dans une mosaïque, chaque pierre a sa couleur et sa forme propre; l’ensemble donne une figure. La figure de ce livre, on l’a dit plus haut, c’est l’homme.

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