‹ PoésieChapitre 142 sur 217 · LES SOLDATS · texte numérisé non relu

LES SOLDATS

Nous l’avons! CYADMIS.

Le sauvage est pris! Gloire aux drapeaux esclavons!

Accourent les bourgeois et les paysans du commencement. Ils se groupent autour de Welf prisonnier.

LE BOURGEOIS

Tiens, il s'est laissé prendre, Imbécile.

LE PAYSAN

Une grive Prise au miroir.

LE BOURGEOIS

Tant mieux.

IMPRIMLRIE NATIONALE,

LE VIEILLARD

Oui. Vive le duc!

L'ÉTUDIANT

Vive Le roi!

LE BOURGEOIS

Vive le pape!

LE PAYSAN

Et vive l'empereur!

LE VIEILLARD, regardant Welf garrotté.

Je le croyais plus grand qu'un autre.

LE BOURGEOIS

Quelle erreur!

Il est petit.

LE PAYSAN, au bourgeois.

Il n'est pas plus grand que vous n'êtes.

LE BOURGEOIS

Quelle idée avait-il de défendre les bêtes?

Les hommes, passe encor.

LE VIEILLARD

Tout au plus.

L’ÉTUDIANT

C’est un fou.

LE VIEILLARD

S'amuser à monter la garde au bord d’un trou! C'est ridicule.

LE BOURGEOIS

Il est même laid. A tout prendre, Je le vaux. À bas Welf!

LE PAYSAN

Moi, j'irai le voir pendre.

LE POËTE, À WELEF.

Tu fus grand, c'est pourquoi l’on t’outrage. Sois triste, Et pardonne. La foule ingrate et vaine existe,

Elle livre quiconque est par le sort livré,

Et taille d'autant plus qu'elle a plus admiré.

Que ton souvenir reste à la sombre vallée,

Qu'on entende pleurer la source inconsolée,

Que lhumble oiseau t'appelle et te mêle à son chant, Et que le grand œil bleu des biches te cherchant

Se mouille, et soit rempli de lueurs effarées.

Si la mer prononçait des noms dans ses marées,

O vieillard, ce serait des noms comme le tien.

Tu fus l'ami, l'appui, le tuteur, le soutien

En haut, de l'arbre immense, en bas, du frêle arbuste; Un jour les voyageurs sur ton rocher robuste Monteront, et, penchés, tâcheront de te voir,

Vaincu superbe, au fond du précipice noir,

Et leurs yeux chercheront ton fantôme sublime

Sous l’entre-croisement des branches dans l’abime.

12 janvier 1877.

Tranquille; on l'emmenait chez lui, la nuit venue, Puis on le ramenait le matin; il était

Comme celui qui parle au tigre qui se tait;

Il fit boire à César son vœu jusqu'à la lie;

Et sa sagesse fut semblable à la folie.

Il parla quatre jours, toute la cour songea, Et, quand il eut fini, l'empereur dit : Déjà!

Page 1