NATIONALE
Elle avait ses grands fils, les géants; ses petits,
Les hommes; et tremblants, cachés, honteux, blottis Dans les antres, n’osant nuire à la créature,
Les fléaux avaient peur de la sainte nature;
L'étang était sans peste et la mer sans autans;
Tout était beauté, fête, amour, blancheur, printemps; L'églogue souriait dans la forêt; les tombes S'entrouvraient pour laisser s'envoler des colombes; L'arbre était sous le vent comme un luth sous l’archet; L'ourse allaitait l'agneau que le lion léchait; L'homme avait tous les biens que la candeur procure; On ne connaissait pas Plutus, ni ce Mercure
Qui plus tard fit Sidon et TRS et sculpta
Le caducée aux murs impurs de nes
On ignorait ces mots, corrompre, acheter, vendre :
On dre Jours sacrés! jours de Rhée et d'Évandre! L'homme était fleur; l'aurore était dans les berceaux. Hélas! au lait coulant dans les champs par ruisseaux, A succédé le vin d'où sortent les orgies;
Les hommes maintenant ont des tables rougies;
Le lait les faisait bons et le vin les rend fous;
Atrée est ivre auprès de Thyeste en courroux;
Les Centaures, prenant les femmes sur leurs croupes, Frappent l’homme, et l’horreur tragique est dans les coupes. O beaux jours passés! terre amante, ciel époux!
Oh! que le tremblement des branches était doux!
Les cyclopes jouaient de la Aûte dans l'ombre.
La terre est aujourd'hui comme un radeau qui sombre.
Les dieux, ces parvenus, règnent, et, seuls debout, Cet leur grandeur de la en de tout.
Leur banquet resplendie sur la terre, et l’affame.
Ils dévorent l'amour, l’ime, la ds la femme,
Le bien, le mal, le faux, le vrai, l’immensité.
Ils sont hideux au fond de la sérénité.
Quel festin! Comme ils sont contents! Comme ils s'entourent De vertiges, de feux, d'ombre! Comme ils savourent
tn à
La gloire d’être grands, d’être dieux, d’être seuls! Comme ils raillent les vieux géants dans leurs linceuls! Toutes les vérités premières sont tuées.
Les heures, qui ne sont que des prostituées, Viennent chanter chez eux, montrant de vils appas, Leur offrant l'avenir sacré, qu'elles n’ont pas. Hébé leur verse À boire et leur soif dit : «Encore!» Trois danseuses, Thalie, Aglaé, Terpsichore, Sont à, belles, croisant leurs pas mélodieux. Qu'il est doux d’avoir fait le mal qui vous fait dieux! Vaincre! être situés aux lieux inabordables!
Torturer et jouir! Ils vivent formidables Dans l'éblouissement des Grâces aux seins nus. Îls sont Les radieux, ils sont les inconnus.
Ils ont détruit Craos, Nephtis, Antée, Ostase; Etre horribles et beaux, c'est une double extase; Comme ils sont adorés! Comme ils sont odicux! Ils perdent la raison à force d’être dieux; Car la férocité, c’est la vraie allégresse, Et Bacchus fait traîner par des tigres l'ivresse. Ils inspirent Dodone, Éléphantine, Endor.
COEUR Ta main tient une coupe d’or Pure À mouler dessus un sein de jeune fille.
Ur son trépied en Crète, à Cumes sous sa grille, IL Sibylle leur livre à travers ses barreaux € Secret de la foudre en ‘ses vers fulguraux, A cette louve sait le fatal fond des choses ; Oute la terre tremble à leurs métamorphoses; a forêt, où le jour pâle pénètre peu, Quand elle Yoit un monstre a peur de voir un dieu. Quelle joie ils se font avec l’univers triste! ONG EConvaincus que rien hors d'eux n'existe! Comme ils Se sentent forts, immortels, éternels! Quelle tranquillité d’être les criminels, SS tyrans, les bourreaux, les dogmes, les idoles! cmplir d'ombre et d'horreur les pythonisses folles, €S Mménades d'amour, les sages de stupeur!
D'avoir partout pour soi l'autel noir de la peur! D'avoir l’antre, l'écho, le lieu visionnaire,
Tous les fracas depuis l’Etna jusqu’au tonnerre, Toutes les tours depuis Pharos jusqu'à Babel! D'être, sous tous les noms possibles, Dagon, Bel, Jovis, Horus, Moloch et Teutatès, les maïtres! D'avoir à soi if. nuit, le vent, les bois, les prêtres! De posséder le ROTAE entier, Éphèse et Tyr, Thulé, Thèbe, et les flots dont on ne peut sortir, Et d’avoir, au delà des colonnes d’Hercule, Toute l’obscurité qui menace et recule!
Quelle toute-puissance! eflarer le lion,
Dompter l'aigle, poser Ossa sur Pélion,
Avoir, du cap d'Asie aux pics Acrocéraunes, Toute la mer pour peuple et tous les monts pour trônes, Avoir le sable et l'onde, et l'herbe et le granit, Et la brume ignorée où le monde finit!
En bas, le Neon des flèches dans les cibles, Le passage orageux des meutes invisibles,
Le roulement des chars, le pas des légions,
Le bruit lugubre fait par les religions,
D'étranges voix sortant d'une sombre ouverture, L'obscur rugissement de l'immense nature, Réalisent, au pied de l'Olympe inclément,
On ne sait quel sinistre anéantissement;
Et la terre, où la vie indistincte végète,
Sous ce groupe idéal et monstrueux qui jette
Les fléaux, à'la fois moissonneur et semeur, N'est rien qu'une nuée où flotte une rumeur.
Par moments le nuage autour du mont s'entrouvre; Alors on aperçoit sur ces êtres, que couvre
Un divin Aamboiement brusquement éclairci, Des rejaillissements de rayons, comme si
L'on avait écrasé sur eux de la lumière;
Puis le hautain sommet rentre en son ombre altière, Et l'on ne voit plus rien que les sanglants autels; Seulement on entend rire les immortels.
Et les hommes? Que font les hommes? Ils frissonnent. Les clairons dans les camps et dans les temples sonnent, L'encens et les büchers fument, et le destin
Du fond de l'ombre immense écrase tout, lointain;
Et les blèmes vivants passent, larves, pygmées;
Ils regardent l'Olympe à travers les fumées, :
Et se taisent, sachant que le sort est sur eux,
D'autant plus éblouis qu'ils sont plus ténébreux;
Leur seule volonté c’est de ne pas comprendre;
Ils acceptent tout, vie et tombeau, flamme et cendre, Tout ce que font Les rois, tout ce que les dieux font, Tant le frémissement des Âmes est profond!
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