‹ PoésieChapitre 23 sur 217 · CE QUE LES GÉANTS SONT DEVENUS · texte numérisé non relu

CE QUE LES GÉANTS SONT DEVENUS

Il songe au fier passé des puissants terrigènes, Maintenant dispersés dans vingt charniers divers, Vastes membres d’un monstre auguste, l'univers; Toute la terre était dans ces hommes énormes;

A cette heure, mêlés aux montagnes sans formes, Ils gisent, accablés par le destin hideux,

Plus morts que le sarment qu'un pâtre casse en deux. Où sont-ils? sous des rocs abjects, cariatides

Des Ténares ardents, des Cocytes fétides; Encelade a sur lui l’infime Etna fumant;

C'est son bagne; et l’on voit de l’âpre entassement Sortir son pied qui semble un morceau de montagne; Thor est sous l’écueil noir qui sera la Bretagne; Sur Anax, le géant de Tyrinthe, Arachné

File sa toile, tant il est bien enchaîné; ;

Pluton, après avoir mis Kothos dans l'Erèbe,

A cloué ses cent mains aux cent portes de Thèbe; Mopse est évanoui sous l’Athos, c'est Hermès Qui l'enferme; on ne peut espérer que jamais Dans ces caves du monde aucun souffle ranime Rhæœtus, Porphyrion, Mégatlas, Evonyme; Couché tout de son long sous le haut mont Liban Titlis souffre, et, saisi par Notus, vil forban, Scrops flotte sous Délos, l'ile errante et funeste;

LENDITAN:

Bronte est muré sous Delphe et Mimas sous Prœneste; Cœbès, Géreste, Andès, Béor, Cédalion, dax, qui dormait le jour ainsi que le lion, Tous ces êtres plus grands que des monts, sont esclaves, Les uns sous des glaciers, les autres sous des laves, Dans on ne sait quel lâche enfer fastidieux; Et Prométhée! Hélas! quels bandits que ces dieux! Personne au fond ne sait le crime de Tantale; Pour avoir entrevu la baigneuse fatale Actéon fuit dans l'ombre; et qu'a fait Adonis? Que de héros brisés! Que d’innocents punis!

Phtos repasse en son cœur l’affreux sort de ses frères; Star dans Lesbos subit l’affront des stercoraires; Cerbère garde Ephlops, par mille éclairs frappé, Sur qui rampe en enfer la chenille Campé; C'est sur Méearios que le mont Ida pèse ; Darse endure le choc des flots que rien n'apaise; Rham est si bien captif du Styx fuligineux Qu'il n’en a pas encor pu desserrer les nœuds; Atlas porte le monde, et l’on entend le pôle Criquer quand le géant lassé change d'épaule; Lié sous le volcan Liparis, noir récif, Typhée est au milieu de la flamme, pensif.

Tous ces titans, Stellos, Talémon, Ecmonide, Gès dont l'œil bleu faisait reculer l’'euménide,

nt succombé, percés des Aèches de l’éther, Sous le guct-apens brusque ct vil de Jupiter. Les géants qui gardaient l’âge d’or, dont la taille Rassurait la nature, ont perdu la bataille, Et les colosses sont remplacés par les dieux. La terre n'a plus d’Âme et le ciel n'a plus d'yeux; Tout est mort. Seuls ces rois épouvantables vivent. Les Stupides saisons comme des chiens les suivent, L'ordre éternel les semble approuver en marchant; er où le cri du monde arrive chant,

Ourdissement conseille l’inclémence, A rit, Tant de victoire a droit à la démence.

bus.

Et ces dieux ont raison. Phtos écume. «Oui, dit-il, Ils ont raison. Eau, flamme, éléments, air subtil, Vous ne vous êtes pas défendus. Votre orage

N'a pas eu dans la lutte affreuse assez de rage; Vous vous êtes laissés museler lichement.

Le mal triomphe!» Et Phtos frémit. Ecroulement! Tous les géants sont pris et garrottés. Que faire? Il songe.

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