‹ PoésieChapitre 27 sur 217 · Lis : AMI ER · texte numérisé non relu

Lis : AMI ER

PANEUMEENDISPARUE

Peuple, l'eau n’est jamais sans rien faire. Mille ans Avant Adam, qui semble un spectre en cheveux blancs, Notre aïeul, c'est du moins ainsi que tu le nommes, Quand les géants étaient encor mêlés aux hommes, Dans des temps dont jamais personne ne parla,

Une ville bâtie en briques était là

Où sont ces flots qu’agite un aquilon immense.

Et cette ville était un lieu plein de démence

Que parfois menagçait de loin un blème éclair.

On voyait une plaine où l'on voit une mer;

Alors c’étaient des chars qui passaient, non des barques; Les Ouragans ont pris la place des monarques;

Car pour faire un désert, Dieu, maître des vivants, Commence par les rois et finit par les vents.

Ce peuple, voix, rumeurs, fourmillement de têtes, Troupeau d’âmes, ému par les deuils et les fêtes,

Faisait le bruit que fait dans l'orage l’essaim,

Point inquiet d’avoir l'océan pour voisin.

Donc cette ville avait des rois; ces rois superbes \vaient sous eux les fronts comme un faucheur les herbes. | Etaient-ils méchants? Non. Ils étaient rois. Un roi Cest un homme trop grand que trouble un vague effroi, Qui, faisant plus de mal pour avoir plus de joie, Chez les bêtes de somme est la bête de proie ; ais ce n'est pas sa faute, et le sage est clément. Un TOI scrait meilleur s'il naissait autrement; 9Mme est homme toujours; les crimes du despote Sont faits Par sa puissance, ombre où son âme flotte,

P à À ar la Pourpre qu'il traîne et dont on le revêt,

POË ÉSIE, — y. &

IMPRIMERIE NATIONALS,

Et l’esclave serait tyran s'il le pouvait.

Donc cette ville était toute bâtie en briques.

On y voyait des tours, des bazars, des fabriques,

Des arcs, des palais pleins de luths mélodieux,

Et des monstres d’airain qu'on appelait les dieux.

Cette ville était gaie et barbare; ses places

Faisaient par leurs gibets rire les populaces;

On y chantait des chœurs pleins d'oubli, l'homme étant L'ombre qui jette un souffle et qui dure un instant;

De claires eaux luisaient au fond des avenues;

Et les reines du roi se baignaient toutes nues

Dans les parcs où rôdaient des paons étoilés d'yeux; Les marteaux, au dormeur nonchalant odieux, Sonnaient, de l'aube au soir, sur les noires enclumes; Les vautours se posaient, fouillant du bec leurs plumes, Sur les temples, sans peur d’être chassés, sachant

Que l’idole féroce aime l'oiseau méchant;

Le tigre est bien venu près de l'hydre; et les aigles Sentent qu'ils n'ont jamais enfreint aucunes règles, Quand le sang coule auprès des autels radieux,

En venant partager le meurtre avec les dieux.

L'autel du temple était d'or pur, que rien ne souille; Le toit était en cèdre et, de peur de la rouille, | Au lieu de clous avait des chevilles de bois. | Jour et nuit les clairons, les sistres, les hautbois, De crainte que le dieu farouche ne s’endorme, | Chantaient dans l'ombre. Ainsi vivait la ville énorme.

Les femmes y venaient pour s'y prostituer.

Mais un jour l'océan se mit à remuer;

Doucement, sans courroux, du côté de la ville;

Il rongea les rochers et les dunes, tranquille,

Sans tumulte, sans chocs, sans eforts haletants,

Comme un grave ouvrier qui sait qu'il a le temps;

Et lentement, ainsi qu'un mineur solitaire,

L'eau jamais immobile avançait sous la terre;

C'est en vain que sur l'herbe un guetteur assidu

Eût collé son oreille, il n’eût rien entendu;

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