‹ PoésieChapitre 38 sur 217 · THÉMISTOCLE · texte numérisé non relu

THÉMISTOCLE

Prêtre, je sais cela. Mais la patrie existe.

Pour les vaincus, la lutte est un grand bonheur triste Qu'il faut faire durer le plus longtemps qu'on peut. Tâchons de faire au fil des Parques un tel nœud Que leur fatal rouet déconcerté s'arrête.

Li nous couvrons tout, de l'Eubée à la Crète; Cest donc ici qu'il faut frapper ce roi, contraint De confier sa flotte au détroit qui l’étreint ; Nous sommes peu nombreux, mais profitons de l'ombre ; La grande audace peut cacher le petit nombre, Et d'ailleurs à la mort nous irons radieux.

ONtrOnS nos cœurs vaillants à ce grand ciel plein d’yeux. Si l'abime est obscur, les étoiles sont claires ; Les heures noires sont de bonnes conseillères, | ois, et je reçois volontiers de la nuit L'avis sombre qui fait que l'ennemi s'enfuit. Par le tombeau béant je me laisse convaincre;

Consentir à mourir c’est consentir à vaincre; La tombe est la maison du pâle sphinx guerrier Qui promet un cyprès et qui donne un laurier; Elle se ferme au brave osant heurter sa porte; Car, devant un héros, la mort est la moins forte. C’est pourquoi ceux qui sont imprudents ont raison, Les deux mille vaisseaux qu'on voit à l'horizon Ne me font pas peur. J'ai nos quatre cents galères, L’onde, l'ombre, l’écueil, le vent, et nos colères. Il est temps que les dieux nous aident; et d’ailleurs Nous serons pires, nous, s'ils ne sont pas meilleurs. Nous les ferons rougir de nous trahir. Le sage, C'est le hardi. Vaincu, moi, je crache au visage Du destin; et, vainqueur, et mon pays sauvé, J'entre au temple et je baise à genoux le pavé. Combattons. —

Comme s'ils entendaient ces paroles, Les vaisseaux secouaient aux vents leurs banderoles ; Deux jours après, à l'heure où l'aube se leva, Les chevaux du soleil dirent : Xercès s’en va!

10 décembre 1873.

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