‹ PoésieChapitre 55 sur 217 · LE ROI MÉCHANT · texte numérisé non relu

LE ROI MÉCHANT

J'ai, dans Albe et dans Girone, Vu l’honnête homme fétri,

Et des gens dignes d’un trône Qu'on liait au pilori;

J'ai vu, c'est mon amertume, Tes bourreaux abattre, Ô roi, Des fronts qu'on avait coutume De saluer plus que toi.

Rois, Dieu fait croître où nous sommes, Dans ce monde de péchés,

Une herbe de têtes d'hommes,

Et c'est vous qui la fauchez.

Ah! nos maîtres, quand vous n'êtes, Avec vos vils compagnons,

Occupés que de sornettes,

Nous pleurons et nous Saignons.

Roi, cela fendrait des pierres Et toucherait des voleurs Que de si fermes paupières Versent de si sombres pleurs!

Sous toi l'Espagne est mal sûre Et tremble, et finit par voir, Roi, que ta main lui mesure Trop d’aunes de crêpe noir.

nf £ J'ai reconnu, car vous êtes Le sinistre et l’inhumain

Des amis dans des squelettes Qui pendaient sur le chemin.

J'ai, dans les forêts prochaines, Vu le travail des bourreaux, Et la tristesse des chênes Pliant au poids des héros.

J'ai vu râler sous des porches De vieux corps désespérés.

Roi, de lances et de torches Ces pays sont eflarés.

J'ai vu des ducs et des comtes S'agenouiller au billot.

Tu ne nous dois pas de comptes, Cœur trop bas et front trop haut!

Roi, le sang qu'un roi pygmée Verse à flots par ses valets

Fait une sombre fumée

Sur les dalles des palais.

O roi des noires sentences, Un vol de corbeaux te suit, Tant les chaînes des potences Dans ton règne font de bruit!

Vous avez fouetté des femmes Dans Vich et dans Alcala;

Ce sont des choses infimes Que vous avez faites là!

Tu n'es qu'un méchant, en somme.

Mais je te sers, c’est la loi; La difformité de l’homme

N'étant pas comptée au roi.

Al NX Mai

Princes, on voit souvent croître | È Des gueux entre les pavés c Qui font de vous dans un cloître Des moines aux yeux creyés. +186 ñ æ pal Je ne suis pas de ces traîtresÿ Je suis muré dans ma foi; À Les grands spectres des ancêtres Sont toujours autour de moi, %

Comme on a, dans les campagnes N Où rit la verte saison, 13% Une chaîne de montagnes Qui ferme l’âpre horizon.

Il n'est pas de cœurs obliques Voués aux vils intérêts

Dans nos vieilles républiques De torrents et de forêts.

Le traître est pire qu’un more; De son souffle il craint le bruit; Il met un masque d’aurore Sur un visage de nuit;

- LE Rouge aujourd'hui comme braise, dé Noir hier comme charbon. a Roi, moi je respire à l'aise; Et quand je parle, c'est bon.

Roï, je suis un homme probe De l'antique probité.

Chimène recoud ma robe, Mais non pas ma loyauté.

Je sonne à l’ancienne mode La cloche de mon beffroi.

Je trouve même incommode D'avoir des fourbes chez moi.

Sous cette fange, avarice,

Vol, débauche, trahison,

Je ne veux pas qu'on pourrisse Le plancher de ma maison.

Reconnais à mes paroles

Le Cid aimé des meilleurs,

À qui les pâtres d'Eroles Donnent des chapeaux de fleurs.

Page 1