‹ PoésieChapitre 7 sur 217 · IT LA CONSCIENCE · texte numérisé non relu

IT LA CONSCIENCE

Lorsque avec ses enfants vêtus de peaux de bêtes, Échevelé, livide au milieu des tempêtes,

Caïn se fre enfui de devant Jéhovah,

Comme le soir tombait, l'homme sombre arriva

Au bas d’une montagne en une grande plaine;

Sa femme fatiguée et ses fils hors d’haleine

Lui dirent : «Couchons-nous sur la terre, et dormons. » Caïn, ne dormant pas, songeait au pied des monts. Ayant levé la tête, au fond des cieux funèbres,

Il vit un œil, tout grand ouvert dans les ténèbres, Et qui le regardait dans l'ombre fixement.

«Je suis trop près», dit-il avec un tremblement.

Il réveilla ses fils dormant, sa femme lasse,

Et se remit à fuir sinistre dans l’espace.

Il marcha trente jours, il marcha trente nuits.

Il allait, muet, pâle et frémissant aux bruits,

Furtif, sans regarder derrière lui, sans trêve,

Sans repos, sans sommeil; il atteignit la grève

Des mers dans le pays qui fut depuis Assur.

«Arrêtons-nous, dit-il, car cet asile est sùr. Restons-y. Nous avons du monde atteint les bornes. » Et, comme il s'asseyait, il vit dans les cieux mornes L'œil à la même place au fond de l'horizon.

Alors il tressaillit en proie au noir frisson. «Cachez-moil» cria-t-il; et, le doigt sur la bouche, Tous ses fils regardaient trembler l’aïeul farouche. Caïn dit à Jabel, père de ceux qui vont

Sous des tentes de poil dans le désert profond : «Etends de ce côté la toile de la tente.»

Et l’on développa la muraille flottante;

Et, quand on l’eut fixée avec des poids de plomb : «Vous ne voyez plus rien?» dit Tilla, l’enfant blond,

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