‹ PoésieChapitre 79 sur 217 · LA CONVERSATION DES INFANTS · texte numérisé non relu

LA CONVERSATION DES INFANTS

«La vie est un affront alors qu'on nous la laisse, Dit Pacheco; qu'il vive, et meure de vieillesse! Tué, c'était le roi; vivant, c’est un bâtard. Qu'il vive! au couvent!

— Mais sil reparaît plus tard?

Dit J orge.

— Oui, s'il revient? dit Materno l'Hyène.

--- S'il revient? disent Ponce et Ramon.

— Qu'il revienne!

Réplique Pacheco. Frères, si maintenant Nous le laissons vivant, nous le faisons manant. Je lui dirais : Choisis : la mort, ou bien le cloître. Si, pouvant disparaître, il aime mieux décroître, Je vous l’enferme au fond d’un moûtier vermoulu, Et je lui dis : C'est bon; c’est toi qui l'as voulu. Un roi qu'on avilit tombe; on le destitue, Bien quand on le méprise et mal quand on le tue. Nuño mort, c'est un spectre; il reviendrait. Mais, bah! Ayant plié le jour où mon bras le courba, Mais s'étant laissé tondre, ayant eu la paresse De vivre, que m'importe après qu'il reparaissel! Je dirais : — Le feu roi hantait les filles; bien; A-t-il eu quelque part ce fils? Je n’en sais rien; Mais depuis quand, bâtard et lâche, est-on des nôtres? Toute la différence entre un rustre et nous autres, C’est que, si l’aflront vient à notre choix s'offrir, Le rustre voudra vivre et le prince mourir; Or, ce drôle a vécu. -— Les manants ont envie

DR

Et qui ne doivent pas du vulgaire être sus, Qu'un puits profond, avec une pierre dessus. »

Cela se dit pendant que les gueux, pêle-mêle,

Boivent l'ombre et le rêve à l’obscure mamelle

Du sommeil ténébreux et muet, et pendant

Que l'enfant songe, assis sous le soleil ardent.

Le prêtre mange, avec les prières d'usage.

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