‹ Poésien diversen. Coups d'aile et coups de becChapitre 75 sur 100 · LA COMMISSION ROYALE · texte numérisé non relu

LA COMMISSION ROYALE

Déranger ]'homme hi&n pansantj La faridondaine, c'était bien vexant, Lui qui se croyait à Tabri,

Biribi, A la façon de Barbari, Mon ami.

Ce magistrat ventripotent

Vient montrer sa bedaine,

Puis il s'en retouine en chantant

Une faridondaine.

On entend dire à Bergeron

La faridondaine, la faiidondon,

Hodie mihi cras tîbi^ Biribi,

A la façon de Barbari, Mon ami.

Mercier, un habile rhéteur,

Interroge Mallette,

Puis le farouche accusateur

Passe sur la sellette.

On se noircit avec succès,

La faridondaine. Pour voir le procès.

Chacun a quitté son gourbi, Biribi,

A la façon de Barbari, Mon ami.

236 TBRRB-A-TBRRE

On veut, des gens peu scrupuleux

Dévoilant les pratiques.

Voir quel est le plus crapuleux

De nos chefs politiques.

Les électeurs sont convaincus;

La faridon daine, que pour des écus,

Leurs chefs les vendraient sans merci,

Biribi, A la façon de Barbari,

Mon ami.

L'AFFAIEE CHAELEBOIS.

Aie : — Bon voyage, cher Dumollet.

L^entreprise

De Charlebois, Aux noirs soupçons ne saurait donner prise.

L'entreprise

De Charlebois, Inquisiteurs, vous réduit aux abois.

Persécuteurs de la frêle innocence.

Vous vous ruez sur l'éphèbe Mousseau j Laissez le donc attendre sa croissance, Comme aurait dit feu Jean Jacques Rousseau. L'entreprise etc.

De Charlebois il ignore TafiFaire, Qu'attendez vous de ce gros ingénu?

Ministre, il n'est pas sorti de sa sphère, 11 vous répondra : " Ni vu, ni connu. L'entreprise etc.

238 TERRR A-TERRB

Que Charlebois «ît commis quelques fautes, C'est assez clair, mais cet original Se fait payer, puis, se tenant les côtes, Il rit au nez du fameux tribunal.

L'entreprise etc.

Le gros Mousseau reste blanc comme neige, Et Bergeron s'en va dans Beauharnois Conter à ceux qui lui donnent son siège, Que de Beaufort agit en vrai sournois.

L'entreprise

De Charlebois, Aux noirs soupçons ne saurait donner prise.

L'entreprise

De Charlebois, Inquisiteurs, vou? réduit aux abois.

TEOUPE INNOCENTE

Troupe innocente. De gens très peu futés, Clique indécente De minteaux écourtés, Sénateurs mal bâtis, Rédacteurs abrutis, 0 foule impénitente !

D'éteignoirs assortis, Troupe innocente.

Du Recorder relevons les cancans :

Un vagabond âgé de vingt-cinq ans

Est aujourd'hui placé sur la sellette,

Il avait pris la poudre d'escampette :

On a lancé contre lui deux mandats

Et le voilà parmi les candidats

A la prison — Comment vous nommez-vous ?

Vous êtes un flâneur. Allons répondez-nous.

Vous êtes, m'a ton dit, un vagabond notoire.

— Mon président, écoutez mon histoire.

* Au mois de décembre 1884, Tauteur, alor s employé à la rédaction de Ja Presse, étslt chargé du compte-rendu delà Cour du Kecorder. L'idée lui vint un jour de faire son rapport en vers. La Cour siégeait jusque vers midi. Il fallait que le manuscrit fut Uvré vers une heure et demie de l'aprèsmidi, a&n de laisser le temps nécessaire à la composition et à la correction des épreuves avant la mise en page qui se taisait vers trois heures, pour l'édition du soir.

Himer un rapport fidèle en aussi peu de temps, était une entreprise assez difficile pour valoir la peine d'être tentée. L'auteur voulait savoir si la chose pouvait se faire et, pendant trois jours cousécuti&y la Presse publia, dans son édition du soir, le compte-rendu de la séance tenue Tavant-midi à la Cour du Recorder. Nous donnons ici les trois comptes-rendus en question.

EN OORREOnONNELLB.

Antîme est mon prénom,

Antime du Sablon.

— ^Mon garçon, vous avez un beatr nom de famille^ Que^ vous portez très mal j vous le déshonorez. — Moi, je n'en suis pas fier, car je suis un bon drille. — Pour ce fait en prison un mois vous passerez.

Monsieur Nelson appelle Jean Paquette, Hôte futur du grand hôtel Payette^

— ^Vous étiez ivre hier

Lui dit le Recorder.

— ^Votre honneur, vous savez, lui répondit Fivrogne, Hier c'était lundi j lorsque l'on trime fort Durant cinq jours entiers, dites qu'on n'a pas tort Pour bien se délasser de se rougir la trogne.

L'argument est mauvais.

Et vous n'en pouvez mais.

Vous aviez le frisson, dites-vous pour défense. Vous irez en prison pour au moins trente jours.

— ^Vous Mathilda Hardy, je vous connais, je pense. Vous venez bien souvent et c'est donc vous toiyours ? Quant à vous, Flora Hart, vingt fois récidiviste. Vous n'êtes pas de ceux qu'on prend à l'improviste j

Toutes deux, vous traînez

Et vous vous pavanez

Sur le trottoir. Vous avez fait ripaille ;

Vous irez en prison pour gémir sur la paille,

242 TBRBE-A-TERRE

Et VOUS y resterez pendant six ou neuf mois.

Je voudrais bien vous voir pour la dernière fois.

On vous connaît, ivrognesses flâneuses,

Quand vous voulez faire les matineuses,

Vous négligez de coucher dans vos lits,

Pour mettre fin à vos nombreux délita.

Je vais vous mettre à l'abri de la neige

Pendant neuf mois. Que le ciel vous protège.

Thomas Coughlin, bien qu'ayant trop goûté A la boisson, s'en retourne acquitté .

Paul Desjardins pintoche constamment.

Il sait jurer et sacrer joliment,

C'est un pochard très détestable, en somme.

Et Son Honneur, qui connaît bien son homme.

Lui dit : Mon cher, on vous voit trop souvent j

Pendant six mois, ô mauvais garnement.

Vous gémirez sur cette paille humide

Qu'on met dans les cachots. Lui, d'une voix timide

..Laissez-moi donc aller pour cette fois.

— Non, vous aurez encor six autres mois.

Puis comparait Marie- Louise Leclaire, Elle n'est pas claire de son affaire ; La pauvre fille est prise d'nn hoquet.

Et lourdement tombe sur le parquet.

Elle a trop bu : voilà l'épilepsie Qui la saisit, lorsqu'une vieille scie Vient déposer et conter ses méfaits :

Procès remis pour s'enquérir des faits.

Deux vagabonds ivrognes et flâneurs, Vont en prison jusqu'au retour des fleurs.

Louis Gauthier, qui s'est grisé beaucoup, Dit carrément qu'il n'a pris qu'un seul coup. Il ne l'a pas mesuré dans un verre Mais dans sa gorge et le juge a dit — Père Il ne faut pas, à soixante-treize ans, Trop se griser. Parmi les mendiants, C'est un défaut qu'à peine je tolère, Pour cette fois, vieillard, je vous libère.

— Vous, Jovite Meunier, ivre dans une rue,

Vous blasphémiez } la police accourue

Vous dit ces mots : Au poste suivez-nous,

— Mon président, je vous prie à genoux,

De me lâcher. Suspendez la sentence.

3i vous me permettez de sortir aujourd'hui

Jamais en cette cour je ne serai traduit.

— Non, vous paierez deux dollars ou huit jours.

— C'est bien monsieur. J'm'en souviendrai toujours.

244 TERREA-TERRE

Thomas Gannon, assaut sur la police.

Doit aller en prison pour deux mois -de service.

En travaillant à casser des moellons,

Il est certain de trouver ces mois longs.

Jerry Murray se grise dans les cours 5 Les policiers vont lui porter secours, Le Recorder lui fait une semonce, Murray redit cette noble réponse :

Laissez-moi donc m'en aller, Votre Honneur, La liberté : Voilà le vrai bonheur.

John Patrick Shaw était ivre à Phospice

De Notre-Dame. Un homme de police

Fut appelé pour rétablir la paix j

Notre Patrick est très grand, très épais.

Il menaçait, proférait des blasphèmes.

Se trémoussait, lançait des anathèmes,

A coups de poings menaçait de briser

Les nez ce ceux qui voulaient l'apaiser.

Le policier hardiment vous l'accoste,

Vous le saisit et le conduit au poste.

— ^Vous n'allez pas, dit-il, me fourrer en prison.

Je sais que je suis gris j en voici la raison :

Il n'est que minuit.

Policiers aigris.

Vous savez la nuit

Tous les Shaw sont gris.

Et voilà donc pourquoi Shaw hier Ne parut pas en Cour du Eecorder.

Sept prisonniers, tous plus ou moins peryers. Ont comparu pour des crimes divers.

L*été n'est plus, et pour peu qu*on se saoule, Si, par hasard, sur le trottoir on roule. Si Pon y dort un tantinet, toujours, On est certain d'en avoir pour huit jours. Le policier ne veut pas que Ton gèle : Lorsqu'il fait froid, il redouble de zèle. Ceux dont les nez par le froid sont rougis Eisquent toujours qu'il leur oflfre un logis. Chaque passant lui parait un ivrogne, Et, le toisant, il se dit : quelle trogne 1 Sur le trottoir, s'il vous voit endormis. Dans un cachot il vous a bientôt mis.

Michael Bums, ivre-mort dans la rue.

Sur la faction tant de fois parcourue Par le pas lourd d'un policier géant.

Hier au soir, a vu s'ouvrir, béant.

Le noir cachot et, ce matin, le juge.

Sans vaine phrase et sans vain subterfuge. Dit : — Vous buvez sans rime ni raison j Allez-vous en pour huit jours en prison.

Joseph Girard, un vieillard irascible.

Dit que, longtemps, il a servi de cible Aux quolibets, bien qu'il soit tout petit.. — Vous mendiez. — Oui. J'ai bon appétit.

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— Mais vous buvez ? — C'est vrai j je prends la goutte. Lait des vieillards^ qui m'aide sur la route.

— C'est mal à vous ; à soixante-seize ans On vous a vu chicaner des enfants.

— Mon président, le gamin m'importune Lorsqu'il me dit : P'tit homme dans la lune, Moi je m'emporte et ma canne a beau jeu j Je voudrais bien vous y voir, sac rebleu 1

— Allons, vieillard, votre cause est perdue, Corrigez-vous. Sentence suspendue.

Si je vous revois,

Gare une autre fois Tâchez d'aller chez monsieur Mazurette Et d'y rester.

Vous, Gédéon Vermette, Tous vos plaisirs ne sont pas innocents. Car vous livrez des assauts indécents Aux jouvenceaux, partout, jusqu'au théâtre. Pour vous guérir de votre humeur folâtre. Vous passerez quatre mois en prison.

Et vous John Scott, pour mettre la maison De votre femme à l'abri du tapage, Sous les verroux on vous tiendra bien sage Pendant un mois.

Vous avez riboté, Thomas Forest, vous avez tempêté, Pesté, juré, frappé sur une femme j C'était très mal et, pour cet acte infâme, Vous nous paierez cinq dollars, ou sinon, Vous passerez quinze jours en prison.

Mary Ann Brown, une veuve en délire, A bu trop sec et dans sa tirelire

N'a plus d'argent.

Il est urgent D'en prendre soin. La^^se de cette vie. De se noyer elle a parfois l'envie.

Le tribunal l'enferme pour un an.

Puis aussitôt a lieu l'ajournement.

Napoléon Lachance âgé de vingt-sept ans, Prétend s'être vengé de propos insultants j Il regrette d'avoir giflé son camarade.

On le condamne aux frais.

Pour une autre escapade, Henry Wilson devant Son Honneur est traduit j Ivre sur le trottoir, il s'est très mal conduit. Le Recorder l'acquitte et voici qu'on appelle Un nommé Boroski dont l'âme n'est pas belle.

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— Vous êtes un ivrogne, approchez Boroski, Vous passez votre temps à boire du whiski. Vous resterez un mois en prison sans rien boire.

Jean Trudelje connais votre piteuse histoire: De tristes préjugés vous vous montrez imbu, Contre la tempérance, et vous avez trop bu. Vous êtes acquitté, car vous êtes malade.

Des époux Kerrigan la bruyante algarade Attirait, l'autre soir, sur l'un des boulevards Tous ceux qui voulaient voir des ivrognes bavards. Le mari parle fort et la femme riposte La police intervient et les amène au poste. Ils sont très mal notés et le couple aux abois Va passer en prison l'espace de deux mois.

Madame Thomas Smith, en mise négligée j

Dans un passage obscur hier s'est engagée.

Un brave policier, craignant pour sa vertu.

Survient, elle résiste, il eut été battu

Comme plâtre s'il n'eût arrêté la mégère.

Car madame a, dit on, la main aussi légère

Que ses mœurs. — Vous irez, dit le juge, en prison

Pour deux mois, et, ma foi, je crois qu'il eut raison.

Marguerite Connor flâne à propos de bottes. Et fait souvent de l'œil à ses compatriotes. Dix dollars ou six mois, c'est raide, mais il faut La guérir pour de bon de ce vilain défaut.

BN OORREOTIONNBLUi

Thomas McOarity, assaut sur la police,

Ta &ire à la prison deux longs mois de service.

Maggy Chapman ira pour trois mois en prison Ou paiera cinq dollars } en voici la raison : Elle était ivre hier, la police accourue, La saisit par le bras, Tonlève de la rue. Puis la fait comparoir devant le Recorder Qui punit aujourd'hui tous les crimes d'hier.

TJN PACTE TENEBREUX.

AïK : — DaTis un grenier qyCon est bien à vingt ans.

Pour conserver sa candide innocence, Fuyant jadis le monde corrupteur, Frère Beaugrand, dès son adolescence, S'improvisait clerc de SaintViateur.

Son premier pas de clerc fut une chute j D'anachorète il se fit Juif Errant :

Et depuis lors, de culbute en culbute, A la mairie est arrivé Beaugrand. (6w)

L'équerre un jour remplaça la férule,

Le froc avait fait place au tablier j

Ce franc-maçon, dans sa chaise curule,

Nargue Trudel, qui semb e l'oublier.

Quand Montréal acclama co sectaire,

L'éclair jaillit de ton front fulgurant j

Qui donc retient ta foudre, ô Grand Vicaire ?

Aurais-tu peur du franc-maçon Beaugrand ? {bis

TJN PACTE TÉNÉBREUX 251

Ce n'est pas toi qui nous Pas rendu maire.

Tu t'efforçais de nous le dégommer :

Conune il voulait rendre guerre pour guerre,

Tu commenças toi-même à t'alarmer :

— " Reste au Sénat, donne-moi la mairie,

" Tomber tous deux ce serait trop navrant j

" Que V Etendard protège la Patrie,

" Cela vaut mieux," be dit maître Beaugrand. {bis)

Défenseur né de notre Chambre Haute^

Trudel a dit que ce vaste entresol

Ne pouvait point contenir un seul hôte

Qui ne fut pas un possesseur du sol.

Mais, tout-àcoup, ce grand propriétaire

Est, sur ce point, devenu moins tranchant,

Et prise enfin les droits du prolétaire,

Plus haut encor que son ami Beaugrand. (J)is)

0 sénateur 1 que devient ton beau zèle ? Tu foudroyais les franc-maçons partout 1 Est-ce Beaugrand, qui t'a pris sous son aile ? Serait-ce toi qui lui pardonne tout ?

Est-ce intérêt ou charité chrétienne Qui t'a soudain rendu si toléi'ant ?

Ménages-tu sa place où bien la tienne.

En pactisant avec maître Beaugrand. {bis)

Février 1885.

LES FESSIERS*

Air : — G* est pas vrai.

Un Canadien qu'est pas un homme, A Fall-River, on le surnomme

Le fessier.

Ce sobriquet n'sent pas la rose, Mais il communiqu'la névrose

Au fessier j Cet être, qui nous fait la guerre, Très-souvent, par l'ami Ti-Pierre * *

S'est /at7 scier.

Lorsque Ti-Pierre vous l'arrange, Il faut voir comm' la peau démange

Au fessier.

* A Fall-River, ce nom était donné, par dérision, aux rares Canadiens qui s'opposaient au mouvement organisé par leurs compatriotes, dans le but d'obtenir un prêtre de leur nationalité pour Ipur église de Notre- Dame de Lourdes. On sait que oes derniers ont obtenu gain de cause à Rome.

* * Nom de plume de l'un des collaborateurs du journal V IndépcTidant.

LES FESSIERS 253

n est facile à reconnaître, 11 écoute par la fenêtre.

Le fessier.

Son chapeau qui m'fait toujours rire, Comme un accordéon s'étire.

Le fessier Porte une chevelure inculte, Et s'occupe beaucoup du culte,

Pour nous scier.

Quand pour combattre on entre en lice.

Il nous montre, en criant " Police,"

Son fessier.

Il marche comme une écre visse, Et met bientôt hors de service

Son fessier j A reculons dans son ornière.

Il place sans devant derrière

Son fessier^ Au lieu dVend' du rhum ou d'z'épices.

S'il y trouvait des bénéfices.

Le fessier Vendrait bien son compatriote.

Il vendrait mêm' de sa culotte.

Le fessier.

Chez nous, resterons-nous les meutres ?

— Non, repondent d'ignobles traîtres, [Des fessiers.]

254 TBRRE-A-TEBRE

Lorsque la paroisse proteste, On fait signer un manifeste

Aux fessiers j Onze cafards signent la liste, Prouvant que chez-nous il existe

Onz' fessiers, Dont cinq de la même famille ] On n'peut pas dire que ça fourmille,

Les fessiers.

Une chose les scandalise :

C'est qu'on ne livre pas l'église

Aux fessiers.

Or, les Canadiens de l'Irlande Accepteraient, bien sûr, l'offrande

Des fessiers.

Ces contempteurs de notre race Installeraient à notre place

Les fessiers.

Si nous voulions les laisser faire.

Mais mieux vaut laisser dans leur sphère

Les fessiers.

Fall-Kiver, Septembre, 1885.

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