‹ Poésies, 1855-1870Chapitre 23 sur 38 · GRANDES EAUX · texte numérisé non relu

GRANDES EAUX

K^i Charles 'Deulin.

Cl LLE sort de soa lit, la Marae aux eaux boueuses. Les saules ébranchés que l'on voit sur deux rangs, Pris dans le tourbillon jaunâtre des courants, Marquent les anciens bords de leurs têtes noueuses.

Sous les arches des ponts, les eaux, de temps en temps, Enchevêtrent, parmi leurs épaves confuses. De vieux arbres tombés en longs débris flottants. Et des barres de vanne et des pales d'écluses.

De brouillards persistants tout le ciel embrumé Garde depuis un mois son voile gris de cendre : On ne peut, au travers du grand rideau fermé, Voir les soleils d'hiver ni monter, ni descendre.

On entend de fort loin des cygnes migrateurs. Tout désorientés, dont les bandes sauvages Délibèrent sans doute à d'immenses hauteurs. Accélérant leur vol pour de plus chauds rivages.

Qjuelques rares oiseaux restés dans le pays. Mésanges et bouvreuils, consternés du déluge, Recherchent, en dehors des terrains envahis, Un buisson de hasard comme dernier refuge.

De l'horizon la nuit fait brusquement le tour: Deux ou trois peupliers, une flèche d'église. Apparaissent encor dans un reste de jour, Mais bientôt tout s'efface, et plus âpre est la bise.

Et de la tète aux pieds je frissonne en songeant Que, sur les grands chemins de notre froide terre, Grelottent de petits bohèmes voyageant.

Pour qui déjà la vie est un navrant mystère.

Ils plongent dans la nuit un triste et long regard, En quête d'une ferme ou d'une hôtellerie : Trouveront-ils un coin d'étable ou de hangar. Comme un soir de Noël, le fils blond de Marier

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