‹ PoésiesChapitre 34 sur 87 · L'IMAGE · texte numérisé non relu

L'IMAGE

La terre dans le ciel promène Sa face où vit l'humanité.

La terre va ; la vie humaine Ronge son crâne tourmenté.

Les hommes courent à leurs quêtes Sur la terre, ardents et pressés; Comme au front des vieilles coquettes S'obstinent les anciens pensers.

La terre est vieille et décrépite , Et rêve encor, spectre blafard; La terre croit qu'un cœur palpite Entre ses os couverts de fard.

Chaque jour de son front par masse Tombent son plâtre et ses cheveux.

La vie imbécile grimace, S'enivrant des plus doux aveux.

Et quand revient le crépuscule Traînant la nuit, parfait miroir, Jamais d'horreur ne se recule La terre qui ne veut pas voir !

— Le temps d'un bras robuste enserre Ta carcasse , et la fait craquer !

Regarde enfin d'un œil sincère Là-haut ton front se décalquer !

C'est trop longtemps te rendre hommage Sous ton reflet morne et hideux.

Reconnais- toi dans ton image'; Confrontez-vous toutes les deux :

O vieille terre ! O lune inerte !

O moribonde ; ô globe mort !

Toi, que partout l'espoir déserte!

Toi, qui n'as plus même un remord !

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