‹ PoésiesChapitre 38 sur 87 · LA MORT COQUETTE · texte numérisé non relu

LA MORT COQUETTE

Ce sinistre caprice à son horreur manquait. Pour que son ironie aujourd'hui soit complète, La faucheuse , qui vient d'ajuster sa toilette, Se cambre élégamment dans son linceul coquet.

Elle s'attarde, et rit au miroir qui reflète Le gril de sa poitrine où luit un blanc bouquet; Mais on sent que bientôt va craquer le parquet Sous le déhanchement sonore du squelette.

— Ton nouveau fiancé t'appelle , et se débat Contre la vie ! Allons , marche vers son grabat ! Vante les lits profonds de ta paisible auberge !

Fais ton hideux métier ! récite tes serments ! Et, ton baiser donné, cours à d'autres amants, O toi qui sais mentir, courtisane encor vierge!

LE BAPTEME,

Par-dessus toits et cheminées , Monte , mon âme ! monte encor !

Par delà le banal décor De ces vapeurs disséminées , Envole-toi , prends ton essor Loin de nos mornes destinées !

Pars comme un trait ; vole à travers L'espace maintenant sans nue!

Laisse au fond d'une ombre inconnue La lune cacher son revers ; Sans t'arrêter, va ! continue!

Les cieux immenses sont ouverts !

LE BAPTEME.

PS

Toujours plus haut, fends , ô mon âme L'éther sombre, subcil et froid ; Vénus en bas roule et décroît; L'anneau de Saturne est en flamme ; Passe au travers et fuis tout droit, Toi qu'un secret désir affame.

Franchis . rapide , le ciel noir D'Uranus, et poursuis ta course!

Comme les mailles d'une bourse La nuit s'entr'ouvre ; et tu peux voir Les astres d'or de la grande Ourse De tous côtés sur toi pleuvoir.

D'un élan sublime emportée Dépasse Or ion ; plus avant Enfonce-toi; frémis au vent De quelque étoile dilatée, Monstre lointain au cœur mouvant ; Nage au fond de la mer lactée !

Cherche un monde nouvel éclos , Un vaste univers que colore L'écharpe de sa longue aurore; Baigne-toi dans les roses flots De ses grands lacs vierges encore Fille des siècles de sanglots !

y6 POESIES DE LEON DIERX.

Sur d'ineffables paysages

Flâne, légère, et disparais;

Parcours les féeriques forées

Que berce un souffle sans présages ;

Parfume-toi des encens frais

Qui flottent sur les premiers âges !

Alors, mon âme, redescends Purifiée, en ce bas monde; Et tu pourras , une seconde , Dans la paix des amours naissants Aux doux rêves de l'enfant blonde Mêler tes rêves innocents.

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