‹ PoésiesChapitre 40 sur 87 · A LECONTE DE LISLE · texte numérisé non relu

A LECONTE DE LISLE

La more eut-elle à peine au jour rendu sa proie, Dans l'ombre tu rentras, spectre mystérieux, Passant calme à travers les peuples furieux, Et ne connaissant plus leur douleur ni leur joie.

Dans ta seconde vie, insensible et muet, Tu ne laissas chez eux qu'un souvenir sans trace. As-tu subi deux fois l'étreinte qui terrasse, Pour regagner l'azur qui vers toi refluait?

— Oh! que de fois, à l'heure où l'ombre emplit l'espace. Loin des vivants, dressant sur le fond d'or du ciel Ta grande forme aux bras levés vers l'Eternel; Appelant par son nom l'ange attardé qui passe ;

Que de fois l'on te vit dans les gazons épais, Seul et grave, rôder autour des cimetières, Enviant tous ces morts qui, dans leurs lits de pierres Un jour s'étaient couchés pour n'en sortir jamais !

UniverJ/^

B'BLIOTHKA

Page 1