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L'EXEMPLE

Sous le fécond soleil des nations antiques, L'homme était riche en dieux dont il savait les noms. Dont les images d'or encombraient ses portiques, Et, géantes, "gardaient le seuil des Parthénons.

Et pourtant, jamais las d'encens ni de prières, L'homme des temps sereins où riaient les dieux nus. Entre le ciel et lui rêvant plus de lumières, Sacrifiait encore à des dieux inconnus !

Nos cœurs ne vibrent plus aux naissances prochaines De ceux que conviait le large cœur païen; Et ce n'est plus afin de ressaisir des chaînes Que nous fouillons la foi de l'univers ancien.

a?+ POESIES DE LEON DIERX.

Aux stériles rayons d'un soleil qui s'épuise, Sur le poudreux amas des autels d'autrefois, Nous regardons crouler les fûts noirs de l'Eglise, Sans que la mort d'un Dieu fasse gémir les bois.

Tous les dieux sont-ils morts } ou vaincus par l'exemple, Ceux qui nous voient de loin en proie au sombre mal, Renoncent-ils d'avance à la gloire du temple, Par horreur du Calvaire et du sang baptismal?

L'Invisible, — celui qui règne dans les cieux, Assembla ses enfants pour lui chanter sa gloire ; Et Satan était là, qui se dressait près d'eux.

Et le Très-Haut lui dit : D'où viens-tu } — Mon histoire Est vieille, répondit l'Adversaire : j'ai fait Tout le tour de ton œuvre avec mon aile noire.

J'ai délié l'esprit que ta règle étouffait; J'ai pourri le bon grain, j'ai récolté l'ivraie; Tes anges ont raison de chanter, en effet:!

Leur louange est mensonge et ma parole est vraie : Une haine est au cœur des hommes contre toi ; Nul ne t'aime, hors ceux que ta rancune effraie.

— Tu n'as considéré que l'incomplète foi, Dit l'Eternel, de ceux que l'épreuve terrasse.

Les cœurs simples et purs sont heureux sous ma loi.

— Sur un fumier, couvert dune lèpre vorace, Un être, dit Satan, sans amis, sans espoir, Survivait, en opprobre à tous ceux de sa race.

C'était un homme. Nu, gisant, horrible à voir,

Avec un caillou plat il grattait ses ulcères,

Le jour durant sans pain, et sans sommeil le soir.

Si pour te réjouir les maux sont nécessaires,

Il avait en cela de toi bien mérité;

Car ce juste n'avait point d'égal en misères.

Loin de tous, en dehors des murs d'une cité, Dans le pays de H us, où le péché domine, Il maudissait la vie et ton iniquité.

Oui, tordu par son mal, mangé par la vermine, Créature sans nom parmi les animaux, Il levait ce regard que la haine illumine.

— Le Très-Fort dit : Qu'importe une chair en lambeaux r Le juste est celui seul qui lui-même s'oublie,

Et ne contemple point uniquement ses maux.

— Celui-ci n'avait point une âme ensevelie,

Dans son propre tourment, si monstrueux qu'il fût, Son âme était des pleurs universels remplie.

Moi, le Rôdeur sournois, et sans cesse à l'affût, Le Fomenteur subtil des mauvaises pensées, Je pris ce malheureux effroyable pour but.

Et ses chairs tout d'abord furent cicatrisées ; Je le guéris sur l'heure, et le remis debout N'ayant plus souvenir des souffrances passées.

Il regarda la cuve où s'amoncelle et bout L'épais fourmillement des hommes, et qui fume ; Puis, l'horizon qui n'a commencement ni bout;

Et je vis qu'il restait le cœur plein d'amertume En songeant à l'angoisse où ton peuple croupit Sous ton œil clos au fond d'une insondable brume.

Je rendis la jeunesse à son corps décrépit; Je dressai l'arc noueux et brisé de son torse ; Après, j'enveloppai ses membres d'un habit.

La ville flamboyait comme une immense amorce. Je lui dis : Va ! la vie est bonne ; sois heureux ! Et je fis resplendir la beauté sur sa force.

Il y marcha, parmi des mendiants poudreux ;

Et je vis, le suivant pas à pas à la piste,

Qu'il s'abreuvait du fiel qui remplit leurs yeux creux.

— Eh bien , dit l'Etre unique à Satan : Qu'il assiste Son frère, celui-là qui voit les pleurs d' autrui ! Cet homme s'en ira joyeux, s'il était triste.

— L'aumône, il se peut bien, fait sourire celui Qui donnant un denier se dit qu'il te le prête, Et ne place un secours qu'au taux de ton appui.

Je connais la pensée entre toutes secrète !

Lui, supputait au fond de la sienne, combien

Sont ceux pour qui jamais table ou moisson n'est prête.

Morne, il allait, disant : Je ne possède rien! Je l'avais rendu jeune et fort; je le fis riche A ne pouvoir compter ses troupeaux ni son bien.

Quiconque errait, sordide, et tel qu'un chien sans niche, Vendangea dans sa vigne et glana dans son champ. Mais tenace est l'ortie au cœur que l'on défriche !

Si prodigue qu'il fût, l'avare et le méchant

Pullulent sur la terre; et lui, voyait sans cesse

De maigres doigts nouveaux à ses mains s'accrochant.

Comprenant que pour un à qui l'on fait largesse Mille souffrent, vers toi les bras en vain dressés, Généreux, il faisait l'aumône avec tristesse.

— Ils ont l'amour, les fils de ceux que j'ai chassés! Et la femme a des yeux où j'ai mis ma lumière. Pour aimer le Très-Bon, qu'ils s'aiment! C'est assez!

— L'éclair brille parfois au fond d'une paupière ; Et l'amour est vraiment le reflet de l'Eden !

A qui veut l'entrevoir un ange crie : Arrière !

Comme un ressouvenir du souriant jardin, Il la chercha l'ivresse ineffablement pure. Mais la beauté qui charme a le cruel dédain.

Il était beau. Toujours il vivait la torture De ceux que la laideur a marqués en naissant Pour servir à l'amour d'éternelle pâture.

Il aima. Sa douleur encore allait croissant. Ce juste ayant un cœur que la justice affame. Pleurait, à tous les maux des jaloux frémissant.

C'est le suprême don que l'amour d'une femme. Mais tout cœur qui se donne est pour d'autres perdu. Et seul en est joyeux l'égoïste ou l'infâme.

Il fut aimé. Mais lui, restait triste, mordu Par tous les désespoirs que la beauté méprise, Par le cri furieux de l'amour entendu.

Si grand qu'un bonheur soit, pour l'homme sans traîtrise. S'il est fait du malheur d'un autre, n'est-ce pas La coupe de poison que la main ivre a prise?

Et je riais de voir que toujours tu frappas . Follement chaque bien d'un mal irrémissible, Et qu'il revomissait les plus puissants appâts.

Et je prenais toujours ce cœur simple pour cible.

J'élargissais encor la part de son bonheur,

Sans qu'un remercîment pour toi lui fut possible.

— Mon œuvre est bon, ainsi qu'il est, dit le Seigneur !

— Et les routes du ciel aux hommes sont fermées ! Je sais cela, reprit le sombre Raisonneur.

Tous les biens qu'ont rêvés les foules affamées. Cet homme les connut. Il fut roi sur les rois Qui se disent choisis par le Dieu des armées.

Le meurtre est le plaisir où tes fils sont adroits ; C'est la gloire de ceux qui portent la couronne ; Mais la sienne chargeait son front, si tu m'en crois.

O Créateur d'Adam! ton œuvre t'environne.

De tous les héritiers du couple rejeté,

Plus que ce roi qui donc encor pleura } Personne !

Léguant l'arrêt divin à leur postérité,

Tous ont gémi, les forts, les lâches, les victimes.

Nul n'a vécu plus pâle et plus épouvanté,

Que ce juste, par moi tiré des noirs abîmes

Pour être sur la terre entre tous revêtu

De l'effrayant frisson pris à toutes les cimes !

Le plus affreux supplice est l'extrême vertu.

Son grand sanglot déborde, et monte dans les âges

Vers Celui qui depuis l'œuvre accompli, s'est tu.

Ecoute ce qu'il dit, le sage entre les sages : a Tout n'est que vanité, cendre, fumée ou vent! « Et rien ne sert, travaux, fortune, apprentissages!

L'EPREUVE. 2+i

a Tout passe et meurt, le fou, l'inepte et le savant ! « Il n'est rien de nouveau ; tout vient par aventure ! « L'état d'un mort vaut mieux que l'état d'un vivant !

« Toutes sortes de maux rongent les créatures,

« Et de tous la pensée est le pire tourment.

a Et l'amour est amer plus que les sépultures ! »

Voilà ton œuvre! Il est risible assurément

De te voir pour cela convoquer tes phalanges

A t'appeler Très-Haut, Très-Fort et Très-Clément !

Dis leur donc à présent de chanter tes louanges !

— Mais celui dont le trône est au fond des sept cieux,

Ne répondit plus rien au corrupteur des anges ;

L'Invisible resta là-haut, silencieux !

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