UN FILS
Vieil enfant étonne d'avoir des cheveux gris ; Il sentit que son âme et son corps avaient pris, Depuis vingt ans, la lente et puissante habitude De l'ennui, du silence et de la solitude; Qu'il n'avait prononcé qu'un mot d'amour : « maman » Et qu'il n'espérait plus que son simple roman Pût s'augmenter jamais d'un plus tendre chapitre. — Le jour à son bureau, le soir à son pupitre,
Il revint donc s'asseoir, résigné, mais vaincu; Et, libre, il vit ainsi qu'esclave il a vécu. Même dans la maison qu'il habite, personne Ne songe qu'il existe, et, la nuit, quand il sonne, Le vieux portier — il a soixante-dix-sept ans Et perd la notion des choses et du temps — Se réveille, maussade, et murmure en son antre : « C'est le petit garçon du cinquième qui rentre. »
'e n'ai jamais compris l'ambition. Je pense Que l'homme simple trouve en lui sa récompense, Et le modeste sort dont je suis envieux, Si je travaille bien et si je deviens vieux, Sans que mon cœur de luxe ou de gloire s'affame, C'est celui d'un vieil homme avec sa vieille femme. Aujourd'hui bons rentiers, hier petits marchands, Retirés tout au bout du faubourg, près des champs. Oui, cette vie intime est digne du poète. Voyez : le toit pointu porte une girouette, Les roses sentent bon dans leurs carrés de buis Et l'ornement de fer fait bien sur le vieux puits. Près du seuil dont les trois degrés forment terrasse, Un paisible chien noir, qui n'est guère de race, Au soleil de midi, dort, couché sur le flanc. Le maître, en vieux chapeau de paille, en habit blanc, Avec un sécateur qui lui sort de la poche, Marche dans le sentier principal et s'approche Quelquefois d'un certain rosier de sa fa«,on