‹ Poésies, 1864-1887Chapitre 49 sur 141 · LA RÉPONSE DE LA TERRE · texte numérisé non relu

LA RÉPONSE DE LA TERRE

Pour grandir en sagesse et pour croître en vertu,

J'ai fait graver, fidèle aux antiques usages,

Aux murs de mon palais les sentences des sages.

Tel qu'un jeune homme suit les conseils d'un barbon.

Je hais les courtisans, et, si j'étais moins bon,

Je voudrais ordonner qu'on leur coupât la langue.

Je suis doux ; je défends, sous peine de la canguc.

De noyer les enfants du sexe féminin.

Je suis subtil ; je sais greffer un pommier nain

Sur un rosier, selon les lois de la physique.

Je touche de divers instruments de musique.

Et je lis couramment, et fais des vers d'amour.

Je suis brave, non pas comme l'affreux Timour,

Par vain désir de gloire et par goût sanguinaire.

Mais pour tomber, avec le fracas du tonnerre.

Sur le Mongol camard et le Russe sans Dieu,

S'ils osent attaquer l'Empire du Milieu.

Je suis savant ; je sais les rites et les codes.

Je suis pi'ux;je rends hommage, en leurs pagodes,

Aux bonzes de Kong-Tsé comme aux prêtres de Fô, Et je protège aussi Jésus, le Dieu nouveau. Qui naquit d'une vierge et qui veut que l'on s'aime. Je suis juste, et prétends que tout le blé qu'il sème Au temps de la moisson revienne au laboureur. Enfin je suis un bon, sage et grand empereur, Et mon nom est béni par quiconque respire. Du levant au ponant, dans le Céleste Empire. Et maintenant, ô toi dont la fécondité Nous accorde le riz, le froment et le thé, O Terre maternelle, où chaque créature Cherche sa vie et trouve enfin sa sépulture. Et qui de tout au monde es la cause et l'effet, Dis, que restera-t-il de tout ce que j'ai fait? Réponds-moi, pour cela fallût-il un miracle! »

Mais sa charrue alors rencontrant un obstacle, Kang-Hi creusa le sol d'un plus puissant effort. Et fit sortir de terre une tête de mort.

VUtNi OU VcAUTT^E

'ÉTAIT en Thermidor, à la Conciergerie,

Ils étaient là deux cents, parqués pour la tuerie, Pêle-mêle, arpentant le sinistre préau.

La Terreur redoublait. Derniers coups du tlcau Sur les épis! Derniers éclairs de la tempête I Sur Paris consterné, le sanglant coupe-tête Fonctionnait sans trêve. Ils étaient là deux cents, G)ndamnés ou du moins suspects, tous innocents ! Chaque nutin, un homme, à figure farouche, Entrait, puis, retirant sa pipe de sa bouche Ht lisant bien ou nul ses immondes papiers, Appebit, par leurs noms souvent estropiés. Ceux qu'attendait dehors la fatale charrette. Mais rime de clucun à partir était prête ; Le nouveau cotidaniiié, vjiis incinc .ivoir frémi,

Se levait, embrassait à la liàtc un ami

Ht répondait : « Présent! » à l'appel sanguinaire.

Mourir était alors une chose ordinaire ;

Et tous, les gens du peuple et les gens comme il faut,

Du môme pas tranquille allaient à l'échafaud.

Le girondin mourait comme le royaliste.

Or, un jour de ces temps affreux, l'iiomme ;\ la liste, Hn faisant son appel dans le troupeau parqué. Venait de prononcer ce nom : « Charles Leguay ! » Quand, parlant à la fois, deux voix lui répoiuiircnt ; Ht du rang des captifs deux victimes sortirent.

L'homme éclata de rire en disant :

n J'ai le choix. »

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