PREFACE. VII
vain qu'il invoque ou proclame Vénus aphrodite. Ce rêve de poëte, qui embrasse ardemment le règne de la chair, ne pénètre pas dans la vie réelle de l'homme qui vit dans le poëte. Platon et le christianisme ont mis dans son àme vingt siècles de spiritualisme qu'il ne lui est pas possible de dépouiller, et, quand il a épuisé toutes les formes descriptives pour montrer la beauté reine du monde, et toutes les couleurs de la passion pour peindre le désir inassouvi, il retombe épuisé pour crier à l'idéal terrestre : Tu n'aimes pas ! Voilà pourquoi, après avoir dit : Non, le lyrisme n'exprime pas l'homme réel, on peut dire aussi : Oui, le lyrisme révèle le fond de l'àme du poëte, et moins il a la prétention de se montrer en personne dans ses vers, plus il trahit les tendances supérieures de son être.
Ici vit le grand combat qui, depuis deux mille ans et pins (beaucoup plus), tourmente et stupéfie l'àme humaine. C'est l'éternel pourquoi des générations avides d'un idéal mal cherché et qui semble insoluble encore à la plupart des hommes. Ce n'est pas ici le lieu pour philosopher et pour insinuer une vague intuition, une tremblante espérance de cette solution tant rêvée. C'est d'ailleurs aux poètes eux-mêmes qu'il
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faut la demander. Ils sont les précurseurs des métaphysiciens, s'ils ne sont pas les vrais métaphysiciens ; qui sait? Pour moi. je n'aflirmerais pas bien résolument le contraire, et je dis que la lumière naîtra d'une sensation traduite par l'élan poétique. Une impression spontanée, chez un esprit supérieur, caractérisera tout à coup l'homme nouveau. Sera-ce l'amour ou la mort qui parlera? Peut-être l'un et l'autre. Peutêtre que dans l'extase du plaisir, excès de vitalité, ou dans la volupté du dernier assoupissement, paroxysme de lucidité. Tàme se sentira complète. Alors la vraie poésie chantera son hymne de triomphe. Les mots esprit et matière feront place à un mot nouveau exprimant une vérité sentie et non plus cherchée, et ce qu'un révélateur aura éprouvé passera à l'état de vérité, en dépit de toutes les discussions métaphysiques et de toutes les analyses anatomiques.
Nous n'en sommes pas là. Jamais la scission entre le rôle de l'esprit et celui de la matière n'a semblé ])lus prononcée en philosophie et en littérature. Donc riiumme est encore trop jeune pour se comprendre et se connaître lui-même. Tant^ mieux! C'est un grand avenir ouvert pour les poètes et les artistes.
Les chants que voici sont des cris d'appel jetés sur
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la route. Ils sont remarquablement harmonieux et saisissants. Ils ont l'accent ému des impressions fortes, et le chantre qui les dit est un artiste émirient, on le voit et on le sent de reste. Souhaitons-lui loui'uo haleine et bon courage. Nous avons lu ses vers en épreuves ; nous ne savions pas encore son nom : notre admiration n'est donc pas un acte de (tomj)laisance.
l'aris, mars I80().
POSr SCRIPTUM
Je n'ai rien à changer dans l'appréciation qu(î je Caisais, il y a huit ans, d<'s premières poésies d'Armand Silvestre : le poëte a teini ses promesses. 11 n'avait jamais eu besoin de patronage et le lecteur ne doit voir dans le mien qu'une maternelle sollicitude. C'est une modestie de sa part de vouloir qu'elle lui soit continuée; mais connue il y a dans cette modestie un sentiment filial, je ne veu.v |)as m'y soustraire.