MARINE
tA Elu. La 11 s ver
V^UAND la haute marée, à grand bruit descendue,
Éteint sa rumeur vague à l'horizon perdue
Et s'efface au delà de la terre et du ciel.
Les grèves de Saint-Pair et du Mont-Saint-Michel,
Après le flot parti, restent longtemps mouillées; Et, comme sur un vaste et fidèle miroir. Les familles d'oiseaux dans l'air éparpillées. Les rougeurs de l'aurore et l'étoile du soir,
Avec tranquillité, peuvent longtemps s'y voir. Ces images du ciel, toute grève a les siennes Dans le fin lit de sable où la mer a passé.
Ainsi, dans bien des cœurs, l'amour pur a laissé Un long miroitement des images anciennes Que le nombre des jours n'a jamais effacé.
L'^lsL MCCCLXVII
L'AN MCCCLXVII
kA Edouard Fleurai.
Xi. quoi donc peut songer la petite Bretonne Qui file sa quenouille en suivant ses troupeaux? L'Océan s'aplanit dans un profond repos. Sur l'immense miroir pas un flot qui moutonne.
Tout est calme : l'oiseau planant au cap Fréhel, D'un rapide coup d'œil, peut voir la mer étale De Saint-Malo jusqu'à la pointe de Cancale, Et les grèves blanchir jusqu'au Mont-Saint-Micbel.
Sous le grand papillon de sa coifie à dentelle. Alors que chèvrefeuille et touffes d'églantiers, Aux deux bords de la Rance embaument les sentiers, La petite Bretonne, à quoi donc pense-t-elle?
Les rossignols chantants lui redisent en choeur : « Dans la saison d'amour la vie est fortunée; « Et voici le printemps de ta quinzième année, « Le printemps de la vie et le printemps du cœur. »
Mais si les rossignols et les fleurs sont en fête. Elle est indifférente à leur enchantement, Car elle réfléchit tout bas profondément, Essayant de mémoire un long travail de tête :
Elle voudrait savoir, en démêlant son lin
(Tout en comptant les jours et le soir des veillées).
Combien il lui faudra filer de quenouillées
Pour payer la rançon de Bertrand Du Guesclin.