‹ Poésies, 1871-1883Chapitre 16 sur 41 · CHANSON DU PRINTEMPS · texte numérisé non relu

CHANSON DU PRINTEMPS

rE hêtre a déployé ses larges parasols, Abritant des oiseaux les familles heureuses. Et, de loin revenus, les petits rossignols Chantent leurs grands amours dans les forets ombreuses.

Se déroulant sous bois comme un long ruban vert. Les chemins sont feutrés de mousse et d'herbes fines. Si tu veux parfumer ton corsage entr'ouvert, L'aspérule odorante a des fîeurs sans épines.

g6 LÉGENDES DES BOIS

Tandis que les ramiers se font de chers aveux, Haut bercés dans leurs nids, à voix basse et profonde. Viens... tu pourras laisser librement tes cheveux Frôler ton cou charmant de leur caresse blonde.

Nous irons voir jaillir, comme un flot d'argent pur. L'eau courante en cascade à la source des Aulnes, Où le myosotis baigne ses fleurs d'azur. Et qui sert de miroir aux lavandières jaunes;

Et si nous avons soif, dans le vieux clos herbu Que pâture à loisir le caprice des chèvres, On boit un lait qui mousse... et quand tu l'auras bu. J'essuierai d'un baiser la crème de tes lèvres.

En revenant, le soir, nous franchirons un gué, A l'heure où, dans les joncs, le soleil se dérobe. — Si ton cher petit pied de femme est fatigué, Mes bras te passeront, sans y mouiller ta robe.

La nuit tu dormiras d'un sommeil de printemps, La bouche épanouie, et comme ouvrant l'oreille A de lointains échos de rossignols chantants. Entendus par le cœur même quand on sommeille.

Je e verrai dormir, et rien n'est si charmant

Que tes grands cheveux blonds, qui te voilent comme Eve ;

Je croirai contempler la Belle au Bois Dormant,

Qui suit, les yeux fermés, le til d'or de son rêve ;

Mais ces beaux yeux fermés, quand tu les rouvriras. Le bienheureux fervent qui t'aime et qui t'admire, Bénira ton réveil... Car tu lui donneras Et ton premier regard et ton premier sourire.

'BEETHOVE'K.

ET XEîM'BX^'K^TfT

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