‹ Poésies, 1871-1883Chapitre 25 sur 41 · LES BERCEAUX · texte numérisé non relu

LES BERCEAUX

yi 'Madame DiCauricc 'B^ichard.

1< A vie est ainsi laite. On dit : « Le monde est grand. On a, comme l'oiseau, des instincts d'émigrant, On voudrait en un jour voir l'Europe et l'Asie. Les ailes font défaut : « Prenons voile et vapeur. Nous fréterons un brick ou quelque bon clipper, Qui nous emporte au gré de notre fantaisie.

« Nous cueillerons en Chine, au bord du fleuve Amour, La fleur du Nélumbo; puis nous ferons le tour,

Par le chemin des eaux, de notre vaste monde. Nous verrons l'Archipel où les paradisiers S'enivrent en mangeant la noix des muscadiers; — Et les grands papillons des îles de la Sonde.

« Dans les chaudes clartés d'un ciel oriental,

Nous verrons s'élargir le cèdre horizontal,

Sur de riches fonds d'or étageant ses ramures ;

Tandis qu'à son réveil, la brise du matin

S'y complaît à rythmer, comme un orgue lointain.

En sons religieux ses plus graves murmures.

« Sous des vents réguliers pour le navigateur, Nous changerons de ciel en coupant l'équateur. Nous doublerons le Cap avec toutes nos voiles ; Et dans la nuit sereine, au large, on pourra voir La Croix du Sud jaillir de l'immense miroir De la mer... où rayonne un crucifix d'étoiles.

« Nous partirons en mai, quand les arbres sont verts. »

Mais les printemps s'en vont, ainsi que les hivers»

Et le départ s'ajourne. — Un soir on se marie.

On fait en souriant l'heureux nid conjugal.

Et l'homme aux grands projets reste au pays natal.

Penché sur le berceau de Paul ou de Marie.

Dans l'oubli de soi-même, on écoute, penseur.

Et l'oreille charmée, un vieux refrain berceur

Qu'à ses beaux endormis chante la jeune mère.

A cette voix émue, au timbre musical.

Cadencée en sourdine... on est patriarcal

Comme aux temps mer^'eilleux de la Bible et d'Homère.

'T^J-X.TECïC'PS

,J ^-Idolphe ÏSCugii.

J/ ES amoureux ne vont pas loin :

On perd du temps aux longs voyages.

Les bords de l'Yvette ou du Loing Pour eux ont de frais paysages.

Ils marchent à pas cadencés Dont le cœur règle l'harmonie, Et vont l'un à l'autre enlacés En suivant leur route bénie.

)64 l'AYSAGES Dr. MER

Ils savent de petits sentiers Où les fleurs de mai sont écloscs ; Quand ils passent, les églantiers, S'effeuillant, font pleuvoir des roses.

Ormes, frênes et châtaigniers, Taillis et grands fûts, tout verdoie, Berçant les amours printaniers Des nids où les cœurs sont en joie:

Ramiers au fond des bois perdus.

Bouvreuils des aubépines blanches.

Loriots jaunes suspendus A la fourche des hautes branches.

Le trille ému, les sons flûtes, Croisent les soupirs d'amoureuses:

Tous les arbres sont enchantés Par les heureux et les heureuses.

GX^'KIDES E^UX

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