VILLE INCONNUE
^ Feyen-Terriii .
(E voj'ageur est las : il a longtemps marché Avant d'atteindre les collines.
Le soleil, qui descend à droite, s'est couché Dans une touffe d'aubépines.
La ville est tout en bas. — Il sera bientôt nuit.
Le soir tombe, l'Angélus tinte.
Aux versants des coteaux bleuâtres, le jour fuit
Et meurt avec la cloche éteinte.
24 LEGENDESDESBOIS
Mais voici dans le ciel l'étoile du Berger
Qui se rallume la première.
Le rossignol n'est plus en pays étranger,
Car il répond à sa lumière.
Le voyageur, de loin, respire en souriant
Une fraîche odeur de jacinthe Dans le vent printanier qui, venu d'Orient,
Embaume la semaine sainte.
D'autres parfums encore, à l'envi remontants
Jusqu'à ses narines gonflées, Disent les floraisons nouvelles du printemps :
Ce sont lilas et giroflées.
Quelque chose lui chante au cœur : — il a vingt ans.
Ces fleurs lentement respirées.
Il les reconnaît bien ; il en rêve longtemps,
Ainsi que des fleurs ignorées.
Toute la ville est sombre. — Il entre obscurément
Dans la première hôtellerie. — Sans briser le fil d'or de son enchantement,
11 sommeille à bouche fleurie.
Mais voici le grand jour et l'éclatant soleil, Et des cloches de ville ancienne.
Une haute maison gothique, à son réveil. Est juste en face de la sienne;
Et la fille, épinglant ses cheveux blond cendré,
Ouvre sa fenêtre ogivale. — Peintre, dans ses tableaux, n'a jamais encadré
Vierge d'un aussi pur ovale. —
Bienheureux pèlerin, elle t'a regardé... —
Ta dernière étape est gravie ; Tu ne partiras plus, voj'ageur attardé :
Un regard a fixé ta vie.
TTIEMIÈ%E FEMME