‹ Poésies, 1878-1893Chapitre 16 sur 141 · HÉRODIADE · texte numérisé non relu

HÉRODIADE

(Sonnet.)

Dicebat enim Johannes Herodi:Non licet tibi habere uxorem fratris toi.

Sur le lit de cèdre et d'or Hérodiade est sans sommeil au flanc du Tétrarque, et elle a peur dès que la brise vient à gémir en traversant les profonds atriums, forêts de colonnes.

Pour l'assoupir, ses femmes entonnent une chanson berceuse, tandis que dans le ciel s'arque la lune pure. Transie de crainte au flanc du Tétrarque, la concubine reste sans sommeil.

Elle voit sur le plateau la tête du Baptiste, et le sang noir, et la grande barbe hirsute, et les affreuses paupières encore ouvertes,

Et les pupilles horribles, et l'effrayante bouche qui avait un rugissement si fort, muette à présent, et la léonine mâchoire devenue inerte.

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(Sonnet.)

Tristan mourut pur su amour, Et la belle Iseull pur tendrur.

« Nuit d'oubli, d'amour et de mystère, Nuit suave, auguste, éternelle, ô Mort invincible et pure, ouvrenous les portes de ton merveilleux empire!

» Chasse à jamais le Jour! C'est au plus profond du cœur que se cache le vrai soleil; et il est si puissant que, par lui, des fleurs naissent dans les abîmes mêmes. Ô Mort, chasse à jamais le Jour mensonger!... »

Mais de la tour descendait une autre voix : « Veillez! La nuit est brève; le songe est vain. » Muettes sur le vieux parc

Les étoiles pâlissaient. La voix répétait : « Veillez! » Et dans le lointain résonnait la chasse du Roi Marc.

MONA GASTORA

(Sonnet.)

Contentiam nostri appetiti.

Questi giovani puliti Ci danri altro che vestire...

(Canto di mogli giovani e di mariti vecclii.)

Dans les ateliers de Maître Dino, depuis l'aurore on est à l'œuvre. L'honnête front chauve brûle et sue, tantôt sur l'émail rouge, tantôt sur le burin.

Mona Castora est oisive. Dans le glorieux matin d'avril, sur le pont où Buondelmonte fut tué pour l'Amidea, le peuple florentin vaque à ses affaires.

Mona Castora rit au jeune Lapo, qui mal apprend l'art jdu nielle et bien connaît celui de porter la toque.

Mais le bon maître ne tourne jamais la tète, tandis que sous son ciseau la Gorgone sort, vivante, du pommeau d'un estoc.

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