‹ Poésies, 1878-1893Chapitre 74 sur 141 · SOIR SUR LES COLLINES DALBE · texte numérisé non relu

SOIR SUR LES COLLINES DALBE

Oh, sur la terre albaine bonté de la pluie récente! Le soir est vaste; de grands souffles emplissent le ciel.

Humide, le ciel se recourbe en voûte sur la plaine à laquelle s'abandonne la longue colline. Il rit des derniers nuages en fuite,

Derniers nuages, trames légères où passe le fin croissant de la lune, comme une navette d'or.

La navette aérienne accomplit une œuvre silencieuse; tantôt elle se cache, tantôt elle rescintille entre les fils rares.

Muette, la femme pensive la suit dans les airs, avec des yeux purs qui regardent plus loin : — plus loin que la vie, vainement !

Quel désir l'occupe? Quel penser nouveau, quel rêve monte de la nocturne pâleur de son front?

Lune exiguë, ô douce amante cTEndymion; ciel de perle liquide, moins pâle qu'elle ;

Ciel qui répands sur la plaine une impalpable neige (comme elle tombe paisiblement sur les cimes des arbres!);

Et toi aussi, Hesperus, lointaine et riante pupille; et vous, amples pâtures où s'attarde, rassasié, le bœuf qui semble s'agrandir ;

Vous aussi, multitudes d'oliviers qui tendez vos bras au soir, blancs parmi la blanche lumière, religieux; et vous

Toutes, apparitions de la divine Beauté dans ces yeux purs, ne me ravissez pas son âme; mais faites,

Si jamais je vous adorai, faites que son âme, lasse peut-être, se tourne vers moi en pleurant, avec un amour infini !

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