‹ PoésiesChapitre 24 sur 71 · LA PLAINTE DU CAPITAINE · texte numérisé non relu

LA PLAINTE DU CAPITAINE

POÈME

Qu'elle était belle, ma Frégate, Lorsqu'elle voguait dans le vent !

Elle avait, au soleil levant.

Toutes les couleurs de l'agate ; Ses voiles luisaient le matin Comme des ballons de satin ; Sa quille mince, longue et plate, Portait deux bandes d'écarlate Sur vingt -quatre canons cachés ; Ses mâts, en arrière penchés.

Paraissaient à demi couchés.

Dix fois plus vive qu'un pirate,

i62 ALFRED DE VIGNY

En cent jours du Havre à Surate Elle nous emporta souvent.

— Qu'elle était belle, ma Frégate, Lorsqu'elle voguait dans le vent 1

Brest vante son beau port et cette rade insigne Où peuvent manœuvrer trois cents vaisseaux de ligne ; Boulogne, sa cité haute et double, et Calais, Sa citadelle assise en mer comme un palais ; Dieppe a son vieux château soutenu par la dune. Ses baigneuses cherchant la vague au clair de lune, Et ses deux monts en vain par la mer insultés ; Cherbourg a ses fanaux de bien loin consultés, Et gronde en menaçant Guemsey la sentinelle Debout près de Jerse3', presque en France ainsi qu'elle. Lorient, dans sa rade au mouillage inégal. Reçoit la poudre d'or des noirs du Sénégal ; Saint-Malo dans son port tranquillement regarde Mille rochers debout qui lui servent de garde ; Le Havre a pour parure ensemble et pour appui Notre-Dame-de-Grâce et Honfleur devant lui ; Bordeaux, de ses longs quais parés de maisons neuves, Porte jusqu'à la mer ses vins sur deux grands fleuves ; Toute ville à Marseille aurait droit d'envier

Sa ceinture de fruits, d'orange et d'olivier ; D'or et de fer Bayonne en tout temps fut prodigue ; Du grand Cardinal-Duc La Rochelle a la digue ; Tous nos ports ont leur gloire ou leur luxe à nommer ; Mais Toulon a lancé la Sérieuse en mer.

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