‹ PoésiesChapitre 54 sur 71 · PRIÈRE POUR MA MÈRE · texte numérisé non relu

PRIÈRE POUR MA MÈRE

Ah ! depuis que la mort effleura ses beaux yeux. Son âme incessamment va de la terre aux deux. Elle vient quelquefois, surveillant sa parole, Se poser sur sa lèvre, et tout d'un coup s'envole ; Et moi, sur mes genoux, suppliant, abattu. Je lui crie en pleurant : « Belle âme, où donc es-tu ? Si tu n'es pas ici, pourquoi me parle-t-elle Avec l'amour profond de sa voix maternelle : Pourquoi dit-elle encor ce qu'elle me disait. Quand, toujours allumé, son cœur me conduisait ? Ineffable lueur qui marche, veille et brûle. Comme le fer sacré sur la tête d'Iule...

Septembre 1833,

Esprit parisien 1 démon du Bas-Empire ! Vieux sophiste épuisé qui bois, toutes les nuits, Comme un vin dont l'ivresse engourdit tes ennuis, Les gloires du matin, la meilleure et la pire ;

Froid niveleur, moulant, aussitôt qu'il expire, Le plâtre d'un grand homme ou bien d'un assassin, Leur mesurant le crâne, et, dans leur vaste sein. Poussant jusques au cœur ta lèvre de vampire ;

Tu ris ! — Ce mois joyeux t'a jeté trois par trois

Les fronts guillotinés sur la place publique.

— ' Ce soir, fais le chrétien, dis, bien haut, que tu crois.

A genoux ! roi du mal, comme les autres rois !

Pour que la Charité, de son doigt angélique.

Sur ton front de damné — fasse un signe de croix.

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