‹ Poésies (volume 2)Chapitre 13 sur 32 · O PIÉCETTE D’ARGENT · texte numérisé non relu

O PIÉCETTE D’ARGENT

Le Turc, quand il choisit lui-même Pour emblème

La lune aux deux cernes d’argent,

Fit bien: de ses persiennes closes Que de roses

Le soir, tombent furtivement !

En Perse, dans la rue, un voile D’humble toile

Des femmes couvre la beauté.

L’amour gagne à ce soir austère :

Du mystère.

N’est-ce pas plus de volupté ?

Mais ont-ils bien autant de charmes Et de larmes

Leurs yeux immenses de velours?

Tombe-t-elle avec une grâce Aussi lasse

Leur riche ceinture aux nlis lourds?. . .

Tais-toi tais-toi, folle piécette, Indiscrète,

Pendant qu’à mes lèvres encor.

Comme un lis blanc, je tiens pressée — En pensée —

La main qui me donne un trésor!. . .

LE BON PAUVRE

LE BON PAUVRE

LE BON PAUVRE

...Dieu mit ces degréie aux fortunes humaines. Les uns vont tout courbés sous le fardeau des peines. Au banquet du bonheur bien peu sont conviés. Tous n’y sont point assis également à l'aise. Une loi, qui d’en bas semble injuste et mauvaise, Dit aux uns: jouissez! aux autres: enviez!

Ah ! je sais que la vie est un banquet suave.

Une longue fête pour vous ;

Vos chants toutes les nuits m’éveillent dans ma cave : Frères, je ne suis pas jaloux.

Dieu n’a-t-il pas placé sur les cimes sereines Le beau cèdre au riche manteau ;

Et, le long des torrents, courbé 'sous leurs haleines,

Le pâle et frissonnant roseau !

O Christ ! devant ton front que les épines ceignent Jie bénis mon sort et ta loi.

N’as-tu pas dit : “ Heureux celui dont les pieds saignent “ Sur les ronces, derrière moi ? ”

Mon pauvre cœur, semblable à l’épi qu'on flagelle, Reste vide après tant de coups . . .

Mais que j’aie une larme à mon heure mortelle,

O Christ, à verser sur tes clous !

A MA SŒUR

A MA SŒUR

A MA SŒUR

Pourquoi le ciel met-il mes Jours si loin des yOtrea ?

Victor Hugo.

0 ma sœur, chaque jour mon âme te désire;

Au fond de ma pensée en tous lieux je te vois. — L’enfant au baiser pur, l’épouse au doux sourire, Ne font pas oublier les anges d’autrefois.

* Mme Joseph Marmette.

Hélas! nos jours troublés ne coulent plus ensemble: Les miens sont emportés vers un but indécis.

Mais, comme un frais rayon plonge dans l’eau qui tremb Ton souvenir charmant traverse mes soucis.

De tes plus jeunes ans je garde souvenance. J’avais, quand tu naquis, vu sept, orintemps fleurir: Enfant, je t’ai montré les plaisirs de l’enfance, Et quels êtres béni3 il nous fallait chérir.

Tu grandis : la raison à ton front déjà pâle Alors donna sa grave et calme expression. . .

Ah ! trop tôt la douleur sur ce beau front d’opale Cruellement devait labourer son sillon !

A MA SŒUR

Une sœur est un don du ciel comme l'épouse ;

Dieu les met dans nos jours pour qu’ils nous soient plus doux. L’une de consoler les peines est jalouse,

L’autre est l’ange d’amour qu’on adore à genoux.

Toi, toi, dans ton cœur d’or, ma sœur, la première,

Tu reçus de mon cœur les confiants aveux,

Et parfois tu voulus, colombe-messagère.

Porter mes chers secrets, mes soupirs et mes vœux.

O doux ressouvenir d’anciens jours pleins de charmes !

Pleins de charmes pour moi, car ta jeune âme encor, Redoutant de l’amour et l’ivresse et les larmes,

Dans, un monde inconnu n’osait prendre l’essor. . .

Mais tombe, tombe. Oubli, 'sur ces scènes heureuses !

Le passé ne peut plus me sourire à présent.

La Mort, qui se repaît de larmes douloureuses,

A dans les pleurs noyé mon cœur en le brisant.

Oui, la Mort, la Mort sourde, aveugle, sans entrailles, Un jour, heurtant le seuil, s’écria : Me voilà !

Et, jetant tout à coup sa grêle ombre aux murailles, Fit fuir notre bonheur, fidèle jusque-là,

Hélas ! nous entourions à genoux notre père ;

Ses yeux près de s’éteindre à ses côtés cherchaient,

Sans rien voir ils cherchaient, toi, sans doute, ma mère, Et nous, ses quatre enfants ; ses lèvres remuaient.

A MA SŒUR

Ht Ht

Pour mieux rasséréner sa paisible agonie.

On faisait à voix haute une prière à Dieu.

C’était une suprême et lente litanie . . .

Soudain un grand sanglot la rompit au milieu. . .

Ht

Au bruit des tristes pleurs et des saintes paroles La chère âme défit ses liens doucement . . .

Ah ! là-haut les martyrs, aux vives auréoles,

Ont conduit cette sœur au Christ, le Dieu clément.

ECOLE NORMALE CHAn'iPAoN

Maintenant la tristesse est dans nos deux demeures. Si du moins nous avions pour nous tous un seul toit ! Si je pouvais sécher tes larmes quand tu pleures !

Si tu pouvais encor me presser contre toi !

Tu dis : “ Seules ainsi, nos jours sont bien arides.

“ Mais béni soit le ciel qui nous veut séparer !

“ A tout foyer 'sans doute il est des places vides ;

“ Chacun a ses absents et ses morts à pleurer. . . ”

— Oui, ma sœur, une peine est de peines suivie, Comme un flot par des flots, c’est la loi d’ici-bas ; Oui, tôt ou tard, le sort, désenchantant la vie,

Sème tombes, débris et ronces sous nos pas.

A MA SŒUR

Pourtant, si vous vouliez, ô ma sœur, ô ma mère.

Dans r ombre où nous pleurons les rayons renaîtraient Même au flot débordant de notre coupe amère Quelques gouttes de baume aussi se mêleraient.

A vous, à moi, l’absence allonge les semaines ;

Vous gémissez, mon cœur soupire incessamment ; Mille inquiets pensers ajoutent à vos peines.

Je 'sens partout le deuil de votre éloignement.

Eh bien ! mettons un terme à ce long ennui sombre ;

Venez à mon foyer vous asseoir toutes deux.

Des anges du logis vous doublerez le nombre ;

Et nous redeviendrons ensemble presque heureux.

Le liseron charmant suspend ainsi ses branches Quelquefois au-dessus d'un vieux seuil sans beauté. Et, le couvrant soudain de ses larges fleurs blanches, L'embellit pour le don de l’hospitalité.

TABLEAUTIN

TABLEAUTIN

TABLEAUTIN

Ecartant les longs plis de soie à la fenêtre,

Ton courroux qui sourit relève son regard.

Quel ravissant tableau ce beau soir verrait naître Si d’un Watteau j’avais et les couleurs et l’art !

Un rayon éperdu de vermeille lumière Embrase une fleur pâle au bord de tes cheveux . . . Je peindrais un Amour qui t’implore, en arrière, Dans les pleurs et tenant son poing rose à ses yeux.

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