‹ Poésies (volume 2)Chapitre 20 sur 32 · M. LE SENATEUR LOUIS LACOSTE O · texte numérisé non relu

M. LE SENATEUR LOUIS LACOSTE O

tant qu’au fond de nos cœurs nous aimerons la gloire.

Les grands jours de notre passé ;

Tant que nous garderons, fils pieux, la mémoire De tout nom noble et pur qu’en souriant l’Histoire Sur ses tables d’or a tracé ;

(X) Père de sir Alexandre Lacoste, juge en chef de la Cour d’Appel, dans la province de Québec.

Tant que par leurs parfums Dieu voudra que, dans l’oml Se trahissent de loin les fleurs ;

Que la Reconnaissance ira, dans l’enclos sombre, Gémissante, au milieu de monuments sans nombre, Mouiller une croix de ses pleurs ;

On 11e t’oubliera pas, doux vieillard au front grave!...

— Pendant qu’auprès du saint parvis Le pauvre offre pour toi sa prière suave,

L’Ange du souvenir, sur la tombe en fleurs, grave :

“ Nul n’a plus aimé son pays ! ”

DIES 1RÆ

DIES IBÆ.

DIES IEÆ

Jour de colère, ô jour où Dieu Condamnera son œuvre au feu, Témoin la Sibylle et l’Hébreu !

Quelle terreur agitera L’Univers quand apparaîtra Ce juge, qui le scrutera !

Sous les deux, des bouches d’airain Appelleront le genre humain A son tribunal souverain.

La Nature et la Mort seront Stupéfaites : les morts rompront Leurs tombeaux et se lèveront.

Un vent de foudre, à ce moment.

Ouvrira le Livre enfermant La matière du jugement.

Et dès lors tout sera fini :

Crime et mensonge au crime uni.

Chaque péché sera puni.

FOLLES TERREURS

FOLLES TERHETJKS.

FOLLES TERREURS

A l’abbé H. R. C.

(Ecrit dans le demi-délire de la fièvre.;

Abbé, ce mal terrible (j) Jour et nuit, sans repos, Me crible

De frissons jusqu’aux os.

(1 ; La variole.

no

Je me pâme de fièvre Pins mourant tout-à-coup Qu’un lièvre

Sous les pattes d’un loup.

On me dit : Songe à l’âme !...

Mon souffle est comme un vent De flamme.

Ma lèvre sèche et fend.

Vainement, je recueille Mes esprits aux abois, La feuille

Palpite moins au bois.

Quand la tempête ploie Chaque arbre ainsi qu’un jonc Et broie

Les branches sur son tronc. .

FOLLES TERREURS

Mais un rayon essuie Bientôt dans les rameaux La pluie ;

L’air se remplit d’oiseaux.

Hélas ! pour moi l’orage N'a-t-il pas épuisé Sa rage ?

Oh ! que je suis brisé !

Je ne vois que ténèbres, Et je n’entends que cris Funèbres !...

Ha, ha !.. . je ris, je ris.

Le rire étreint mes joues Et je sens de nouveau Des roues

Tourner dans mon cerveau.

Ha ! Ha ! elle chancelle Ma raison, elle bat De l’aile.

Et tombe et se débat.

Quels fantômes m’obsèdent ?

Arrière ! je vous vois.

Ils cèdent

Aux éclats de ma voix.

Non, non, non, ils reviennent.

Sur mes yeux deux yeux gris Se tiennent.

Ha ! ha ! je ris, je ris.

Est-ce encore un vertige ?

Mes efforts sont-ils vains ?

Ne puis-je

La broyer dans mes mains ?

FOLLES TERREURS

Cette araignée ardente A me couvrir de fils Qui tente

D’emmêler tous mes cils.

Son œil fixe regarde ;

Ses cent bras sont levés. . .

Dieu garde

Mes yeux d’être crevés.

Arrière, arrière, louve !

Comme 'son œil fatal Me couve!

Arrière, esprits du mal !

Arrière, une ombre humaine Penchée au milieu d’eux Promène

La flamme de ses yeux.

Si tu n’es pas de roche, O toi, soutire qu’iei J’ approche

Ce drap de mon sourcil.

L'horreur étreint mes joues Et je sens de nouveau Des roues

Tourner dans mon cerveau.

Abbé, je vous adresse Ce vœu: dites pour moi La Messe !

Car je me meurs d’effroi.

Abbé, si je succombe, Que l’on couvre à foison Ma tombe

De terre et de gazon ;

FOLLES TERREURS

Et, dans l'étroite enceinte, Versez aux quatre coins L’eau sainte,

Abbé, pour que du moins,

Aucun regard de braise Qui trouble le repos Ne pèse

Alors sur mes yeux clos!. . .

Sous un vieux toit qui tremble Hier, le mal a surpris Ensemble

Une mère et son fils..

Les dormants cimetières Auront dû recevoir Leurs bières A l’approche du soir.

La femme est morte comme S’en revenait des bois Son homme Après plus de six mois.

En entrant dans la rue.

Le jeune bûcheron Salue

Du regard sa maison.

Quelle joie!. . . il se hâte, Car son cœur le piquait ;

Il tâte

Doucement le loquet.

Riant dans son poil sombre — Femme ! dit-il du seuil . .

Dans l’ombre Reposait le cercueil . . .

FOLLES TERREURS

jf. #

Depuis le matin pâle Depuis l’heure où survint Mon râle

Qui fit dire : il s'éteint !

La joue humide et blanche, Celle que j’aime tant Se penche

Dans mon regard flottant.

Vois, je suis sans délire :

Regarde-moi, je peux Sourire

Au baiser — de tes yeux.

Paix au beau front d’opale !

Demain tu me verras Moins pâle,

Soulevé sur mon bras.

Folle était notre plainte. . .

Et cl’abord j’ai pâli De crainte En te vojmnt un pli

Au front, signe d’alarmes, Et quand j’ai vu jaillir Tes larmes,

J’ai pensé défaillir.

Mais toi, vraiment la cause De ton angoisse est peu De chose.

Quoi ! mes tempes en feu.

Et notre belle joie,

Veux-tu que dans tes pleurs Se noie

Ce rire de nos cœurs ?

FOLLES TERREURS

Dans ce monde morose,

Jouir d’un éden bleu Et rose

C’est ton rêve — et mon vœu. . .

L’aube refleurit-elle ?

Dis-moi si la lueur Nouvelle

Eougit dans la vapeur.

Dis-moi, de ma fenêtre Yois-tu le jour si beau Renaître ?

Lève- bien le rideau,

Que le soleil, chère âme, D’un vif et joyeux jet De flamme

Empourpre mon chevet . . .

Grands enfants que nous sommes, Où donc sont-elles, dis.

Les pommes Du Dieu du paradis ?

Moi, qu’étais- je ? un brin d’herbe Heureux, faible, petit.

— Superbe :

Du ciel tombe, une nuit,

La goutte légère,

Me voilà tout plié.

Ma chère,

Nous l’avions oublié. . .

Chut !... ma raison, sois forte !

Ces petits pas. . . ce bruit De porte . . .

Ce murmure qui fuit,

FOLLES TERREURS

Oui, mon cœur qui s’incline — Ne le lui dites pas — Devine

Qui sont ces petits pas.

Passez au loin, passez Il le faut : qu’on m’évite !

Dieu ! je vous ai chassés.

Bien vite !

Vous, mes beaux anges frêles Dont j’ai senti souvent Les ailes

Dans un embrassement !

O mal qui désespères Tant d’êtres chers et doux, Sœurs, pères, Epouses à genoux,

Ma lèvre violette Où saigne ton sillon Te jette La malédiction !

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