AMES OBSCURES
L'inconnu, l'inconnu divin, Les baigne comme une eau profonde; On les presse, on leur parle en vain : Us habitent un autre monde;
Leurs yeux purs, leurs yeux grands ouverts S'emplissent de rêves étranges.
Ohl qu'ils sont beaux, ces petits anges Perdus dans l'antique univers!
Leur tête légère et ravie Songe tandis que nous pensons; Ils font de frissons en frissons La découverte de la vie.
t/4 Fernand Calmettes.
LE C^TTIF
Il est, non loin des tièdes syrtes Où bleuit la mer en repos, Un bois d'orangers et de myrtes Dont n'approchent point les troupeaux.
Li, sous l'ombre antique d'un arbre.
Un satyre, ouvrage divin, Sourit dans n gaine de marbre.
Comme réjoui par le vin.
Il a des oreilles aiguës due dresse un frémissement prompt; De jeunes cornes invaincues Reluisent sur son mâle front ;
On voit que ses larges narines Portent à ses heureux esprits La fraîcheur des brises marines Et les parfums des bois fleuris ;
Les coins soulevés de ses lèvres Rappellent le falerne bu; Deux glandes, comme en ont les chèvres, Pendent sous son menton barbu.
Captif du socle pentélique, Languit un triste adolescent :
Le dieu, de son regard oblique, Lui verse un rayon caressant.
Mais lui, l'enfant aux ailes blanches.
Lève des yeux brillants de pleurs, A cause de ses molles hanches.
De ses bras liés par des fleurs.