‹ PoésiesChapitre 45 sur 113 · LA PART DE MADELEINE I · texte numérisé non relu

LA PART DE MADELEINE I

« Que votre chaste haleine à mon souffle se mêle, « Tranquilles fleurs des eaux, afin que le baiser « Que sur le front élu ma lèvre ira poser, « Calme comme la mort, soit infini comme ellel »

« Telle je soupirais au bord du lac natal.

Mais sur mes flancs blessés une mauvaise flamme,

Rebelle, dévorait ma chair avec mon âme.

Et voici que je meurs sur mon lit de santal.

« Pourunt, j'accepte encor la part de Madeleine : J'avais choisi l'amour et j'avais eu raison. Comme Marthe, ma sœur, qui garda la maison, Je n'aurai point pesé la farine ou la laine;

« La jarre, au ventre lourd d'olives ou de vin, Dans les soins du cellier n'aura point clos ma vie ; Mais ma part, je le sais, ne peut m'être ravie. Et je l'emporterai dans l'inconnu divin 1 »

Elle dit : le reflet des choses éternelles L'illumina d'horreur et d'épouvantement.

Alors elle se tut et pleura longuement : Une âme flottait vague au fond de ses prunelles.

Or, Jésus, celui-là qui chassait le Démon Et qui, s'étant assis au bord de la fontaine, But dans l'urne de grès de la Samaritaine, Soupait ce même soir au logis de Simon.

Vers ce foyer, ce toit fumant entre les branches, Madeleine tendit, humble, ses belles mains; Et l'on aurait pu voir des pensers plus qu'humains Rayonner sur son front comme des lueurs blanches.

La tristesse rendait plus belle sa beauté ; Ses regards au ciel bleu creusaient un clair sillage, Et ses longs cils mouillés étaient comme un feuillage Dans du soleil, après la pluie, un jour d'été.

L'enfant de Magdala, la fleur de Béthanie, S'en alla vers Jésus qu'on a nommé le Christ, Et parfuma ses pieds ainsi qu'il est écrit. Et la terre connut la tendresse infinie.

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