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Poésies

En publiant une édition critique des œuvres d'André Chénier , nous espérons accomplir un vœu littéraire formé, il y a plus de vingt ans, par M. Sainte-Beuve.

La gloire a consacré irrévocablement André Chénier parmi les premiers de nos poètes ; aussi ne croyons-nous pas nécessaire de justifier l'ambition que nous avons eue de donner de ses œuvres une édition nouvelle, qui pût, sans trop de désavantage, figurer à côté des éditions de nos classiques français, que d'babiles et doctes critiques ont illustrées de leurs notes. Un savoir moins étendu sans doute, une moins longue expérience littéraire, ont exigé de notre part des efforts d'autant plus grands que cette édition était tout entière à créer.

Voici, le plus brièvement possible, le plan général que nous avons adopté :

Ce livre se divise en trois parties principales : Étude sur la vie et les œuvres d'André Chénier; Poésies d'André Chénier, accompagnées de notes et de commentaires; Lexique abrégé de la langue du poète.

Dans l'Étude, après avoir caractérisé nettement la tentative littéraire d'André Chénier, tentative dans laquelle on avait d'abord cru voir un essai de renaissance

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gréco-latine , et qui est une renaissance éminemment nationale, nous avons clierclié à faire ressortir les influences qu'exercèrent sur André Cbénier les littératures antiques et la littérature française , celles qu'il reçut, au point de vue littéraire et politique , de sa famille , de ses amis, enfin des événements, nous efforçant ainsi de le suivre dans le développement de son double caractère de poëte et de citoyen. Étudiant ensuite le génie du poète dans ses différentes et successives transformations, nous avons essayé, en peu de mots, de découvrir le lien qui unit Chénier à la pléiade poétique dont l'éclat fut si vif dans la première moitié du dix-neuvième siècle, et vers quel but, lointain encore, tend désormais la poésie française, rajeunie et régénérée par André Cbénier.

A la suite de cette étude, on trouvera, sous forme d'appendice , l'bistoire complète et détaillée de la publication des œuvres postbumes.

Quant au texte même des poésies, nous avons suivi celui de l'édition de 1B19, le plus exact et le plus pur. Quand nous nous en sommes écarté, nous avons toujours eu soin de donner les raisons qui nous ont fait agir ainsi. Dans l'ensemble de l'œuvre , les divisions générales des précédentes éditions ont été adoptées. Au titre à' Idylles nous avons substitué celui de Poésies antiques; celles-ci ont été subdivisées en Petits Poèmes^ Elégies, Idylles , Epigrarnmes, Etudes et Fragments, et nous y avons joint les Petits Fragments, publiés en 1839 par M. Sainte-Beuve. Les Elégies ont été réparties en trois livres : le premier comprend toutes les pièces qu'ont inspirées l'amitié, les arts, ainsi que les joies, les souffrances intimes et les voyages du poëte ; le second renferme toutes les élégies

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adressées à Lycoris, à Camille, à D'.r. ; et le troisième, les pièces d un rlntlime nouveau , où le poëte a célébré Fanny, la plus cliasle des Muses. Aux Epîtres^ sont venues se joindre quelques pièces rangées à tort dans les Elégies. Counne dans la dernière édition, nous avons fait suivre les fragments de Y Hermès du remarquable travail de M. Sainte-Beuve. Dans Y /irt daitnei\ sont entrés plusieurs morceaux , qui prennent ainsi une importance qu'ils n'avaient pas dans les fragments d'élégies. Enfin, les pièces composées à Saint-Lazare ont été réunies sous le titre de Dernières Poésies.

Nous n'entrerons pas ici dans de plus longs détails : en parcourant la table, le lecteur se rendra suffisamment compte des cbangements que nous avons jugés nécessaires.

Toute classification trop absolue a été écartée^ comme pouvant être contraire à la vérité; nous avons tâché de concilier l'importance, la nature, le genre et la date présumée des différentes pièces.

Quant aux notes, nous n'en dirons que peu de mots. On verra que nous y avons relevé les variantes, et tous les passages des poètes anciens imités par André Chénier, sans oublier d'indiquer ceux qui l'avaient été, avant lui, par nos principaux poètes lyriques et élégiaques.

Ces notes se rapportent tour à tour à l'érudition, à la pensée, à la diction poétique, à la langue. Le désir d'être exact et utile nous a fait une loi de remonter toujours à la source antique et de puiser toutes nos explications, de quelque nature qu'elles fussent , dans les écrivains grecs et latins, si familiers à André Chénier, le plus érudit des poètes français.

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