LIVRE II — LYCORIS 2H
Des cavernes d'Etna la ruine et la mort ; Quel bras guide les cieux ; à quel ordre enchaînée Le soleil bienfaisant nous ramène l'année ; 25
Quel signe aux ports lointains arrête l'étranger ; (^uel autre sur la mer conduit le passager, Quand sa patrie absente et longtemps appelée Lui fait tenter l'Euripe et les flots de Malée ; Lt quel, de l'abondance heureux avant-coureur, 30
Vrme d'un aiguillon la main du laboureur. Cependant jouissons; l'âge nous y convie. Avant de la quitter, il faut user la vie : Le moment d'être sage est voisin du tomlieau.
Allonsjeune homme, allons, marche; prends ce flambeau, 35 Marche, allons. Mène-moi chez ma belle maîtresse. J'ai pour elle aujourd'hui mille fois plus d'ivresse.
l'Etna; voy. Piadare, Ol. IV, 12. Cf. Apollodore, 1, VI, 3, et la note de Heyne. — Il Respire, » souffle; c'est quelquefois le sens du latin rrspirnre. V. 23. " Des cavernes, » èx X£u6[xwva>v, e latehris.
V. 29. « L'Euripe, » canal qui sépare l'Eubée du continent. Les courants , les flux et les reflux, rendaient ce passage difficile (Strabon, Prol . I, m, 11). — » Malée, » promontoire de Laconie (Strabon, VIII, vi, 20) ; passage dangereux, qui avait donné naissance au proverbe :
MaAea; ôà xâfA^'a; iTzù.àAo\) xwv otocaSe. v. 32. .\ndré revient à la pensée déjà exprimée plus haut. Properre, II, XV, 23, avait dit :
Dum nos fata sinunt, oculos satiemus amore : Nox tibi longa venit; nec reditura dies.
Ronsard, dans VOde à Cassaiidre, I, XVII, a su rajeunir cette pensée dite et redite mille fois. En même temps que lui, le Tasse, Ger. lib. XVI, XV, la développait prtstiue identiquement sous la même forme , comparant la jeunesse à une fleur passagère {flosculus, comme dit Juvénal, Sat. IX, 127); mais Racan, Stances sur le printemps ; Dorât, Baisers, X ;Gent. Hernard, £/j. à 3J"^ S***; Bertin, ^m. III, iv, etc., n'offrent, dans le fond ou dans la forme, aucun trait saillant ou nouveau. v. 3.Î. « Jeune homme. » C'est le puer du latin. Pi'operce, I, m, 9 :
K.bria quum mullo trahercm vesligia Bncilio, Et quaterent sera noctc facera piieri.
.le veux que des baisers plus doux, plus dévorants,
N'aient jamais vers le ciel tourné ses veux mourants.
Ah! je les reconnais, et mon cœur se réveille.
O sons ! ô douces voix chères à mon oreille !
O mes Muses, c'est vous; vous mon premier amour,
Vous qui m'avez aimé dès que j'ai vu le jour.
Leurs bras, à mon berceau dérobant mon enfance, '",
Me portaient sous la grotte où Virgile eut naissance.
Où j'entendais le bois murmurer et frémir,
Où leurs yeux dans les fleurs me regardaient dormir.
Ingrat! ô de l'amour trop coupable folie !
Souvent je les outrage et fuis, et les oublie ; lo