V. 58. Éd. 1826 et
Vivre est te regarder, t'aimer et te le dire.
YIIl. — La situation de l'âme du poëte à celte époque est facile à saisir. Pendant toute l'année 1792, André s'est lancé dans une polémique violente ; mais, froissé dans son amour pour les vertus et les lois, et, après la mort du roi , désespérant presque du salut de la patrie, que tiennent en leurs mains les Robespierre, les Collot d'Herl)ois, les Saint-Just; trahi dans ses amitiés, forcé presque au mépris pour ceux qu'il a aimés et célébrés, il quitte Paris et se réfugie à Versailles, se vouant tout entier « à l'étude des lettres et des langues antiques. » Mais là, après tant d'agitations morales, 6on âme, d'ennui consiimce, s'endort dans les langueurs. Seul, un amouK pur le ravit à ses douloureuses méditations ; Fanny jette un rayon dans cette âme tourmentée , mais toujours animée par trois grandes idées : l'art, l'amour, la patrie. Voilà, en effet, les trois notes qui résonnent successivement dans cette' pièce, qui en sont le thème mélodieux comme elles le sont de la vie d'André tout entière.
D'où souvent les monts et les plaines lo
Vont dirigeant mes pas aux campagnes prochaines,
Sous de triples cintres d'ormeaux.
Les chars, les royales merveilles,
Des gardes les nocturnes veilles, Tout a fui; des grandeurs tu n'es plus le séjour. 15
Mais le sommeil, la solitude.
Dieux jadis inconnus, et les arts, et l'étude.
Composent aujourd'hui ta cour.
Ah! malheureux! à ma jeunesse
Une oisive et morne paresse 20
INe laisse plus goûter les studieux loisirs.
Mon ame, d'ennui consumée.
S'endort dans les langueurs ; louange et renommée
IN'mquiètent plus mes désirs.
L'abandon, l'obscurité, l'ombre, i>5
Une paix taciturne et sombre.
Voilà tous mes souhaits. Cache mes tristes jours,
Et nourris, s'il faut que je vive, De mon pâle flambeau la clarté fugitive.
Aux douces chimères d'amours. 30
Mais le soleil, la soliliule.
Aiiilrc' avait déjà souiiaité d'avoir pour tout emploi : Dormir et ne rien faire, inutile poi'te! V. 28 et 29. Éd. 1820 :
Versaille ; et s'il fautqneje vive, Nourris du mon tlambeaii la clarté fugitive. Fvl. IS.'ii); inrnic variante pour li^ v. 2i), mais |)()iir It; v. 28 ; Versailles; s'il faut (|iie |i- vive.