‹ PoésiesChapitre 262 sur 341 · V. .39. Virgile · texte numérisé non relu

V. .39. Virgile

Tu, Tityrc, lentus in umbra

Formnsam rosonarc doccs Araaryllida silvas.

Mais souvent tes vallons tranquilles, 5S

Tes sommets verts, tes frais asiles, Tout à coup à mes yeux s'enveloppent de deuil.

J'y vois errer l'ombre livide D'un peuple d'innocents, qu'un tribunal perfide

Précipite dans le cercueil. 60

V. GO. Une grande qualité, pi'opie au génie gaulois, et qu'on trouve cliez nos vieux poètes, se fait remarquer dans cette dernière strophe: c'est la sobriété dans l'expression d'un sentiment. Cette sobriété est précieuse et difficile dans les arts; elle est d'ailleurs , bien plus que la prolixité et l'abondance, l'indice d'iui génie puis» sant et maître de soi-même.

Qu'un autre soit jaloux d'illustrer sa mémoire; Moi, j'ai besoin d'aimer. Qu'ai-je besoin de gloire,

I. — Cette pièce, que les éditions précédentes ont toutes rangée dans les élégies, est une épître, où André répond aux vers que lui avait adressés Le Brun avant son départ pour le régiment. On a toujours dit que l'épître de Le Brun était une réponse à celle que Chénier adresse à Le Brun et au marquis de Brazais. C'est une erreur. L'épître de Le Brun a été écrite avant le départ d'André pour Strasbourg ; car, insérée dans YAlmanach des Muses, 1792, elle est accompagnée d'une note ainsi conçue : '<■ Ce jeune officier , qui avait les plus grandes dispositions pour la poésie, allait rejoindre son régiment. » Et dans l'épître, on lit ces deux vers :

Les armes sont tes jeux : vole à nos étendards ;

Les Muscs te suivront sous les tentes de Mars. En comparant l'épître de Le Brun avec cette pièce, on verra que celle-ci est véritablement la première réponse d'André. Le Brun lui avait dit : « Apollon te vouait à l'immortalité. » Il lui avait parlé de Vespolr d'un nom fameux, et il avait terminé ainsi :

La gloire, et l'amitié plus douce que la gloire,

Fixeront nos destins au temple de Mémoire. Or la gloire, voilà le thème de cette première épitre ; l'amitié sera celui de la seconde, adressée à Le Brun et au marquis de Brazais.

V. 1. Voici dans Horace, Od. \, vu, une forme semblable de début :

Laudabunt alii claram Rhodon, aut Mitylenen, etc. V. 2. TibuUe, 1, i, 57 :

Non ego laudari euro, raea Délia : tecum

Dummodo sim, quxso, segnis inersque vocer.

^>9't ÉIMTHES

S'il faut, pour obtenir ses rt^garcls coni})laisants,

A l'ennui de l'étude immoler mes beaux ans;

S'il faut, toujours errant, sans lien, sans maîtresse, 6

Étouffer dans mon cœur la voix de la jeunesse.

Et sur un lit oisif, consumé de langueur.

D'une nuit solitaire accuser la longueur ?

Aux sommets où Phœbus a choisi sa retraite,

Enfant, je n'allai point me réveiller poète : lo

Mon cœur, loin du Permesse, a connu dans un jour

Les feux de Calliope et les feux de l'amour.

L'amour seul dans mon âme a créé le génie ;

L'amour est seul arbitre et seul dieu de ma vie.

En faveur de l'amour quelquefois Apollon 15

.lusqu'à moi volera de son double vallon :

V. 3. Plus tard, sous la pure inspiration de Fauiiy, il dira au contraire :

Oh ! que n'ai-je moi seul tout l'éclat et la gloire

Que donnent les talents, la beauté, la victoire.

Pour fixer sur moi seul ta pensée et tes yeux 1

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