‹ PoésiesChapitre 12 sur 74 · LE RETOUR · texte numérisé non relu

LE RETOUR

Dans tes yeux baignés de clarté L'âme des cieux est descendue Toi dont la sereine beauté Prit mon cœur et ma liberté :

Je t'aimais et je t'ai perdue !

Sur ta lèvre aux replis soyeux, .

L'âme des Heurs est descendue.

Je l'adore autant que tes yeux !

Toi qui m'as fait triste et joyeux, Je t'aimais et je t'ai perdue !

Dans ton cœur plein de trabison, L'âme de l'enfer s'est levée.

Ab ! je reviens à ma prison ; Reprends mon cœur et ma raison !

Je t'aime et je l'ai retrouvée!

Quelle peine vas-lii m'offrir?

Sais-tu des choses bien cruelles ?

De quelles tortures nouvelles Espères-tu me voir soullrir?

Ah! Cette fois j'en veux mourir !

Car, en moi, chère vagabonde, Tu n'as aimé que ma douleur!

C'était comme une sombre fleur :

Mes pleurs y coulaient comme une onde.

Viens, je la ferai plus profonde !

Comme un mort je m'y coucherai Sous tes beaux pieds nus que je baise. Tu m'y fouleras tout à l'aise, De mon propre mal enivré, Gémissant et désespéré.

J'ai dans mon cœnr doux et profond, Caché tout le mal que lui font Tes yeux et ton rire farouche.

C'est ma gloire et mon châtiment D'avoir mis si haut mon tourment Que nul ne l'atteigne et n'y touche.

Comme une perle sous la mer.

J'ai caché dans mon cœur amer Ma douleur en larme figée.

Que tu l'accueilles sans mépris, Comme on prend un joyau de prix, El ma peine sera vengée.

Car, pour m'immoler sûrement A ce fpii seul en toi no ment,

A ta beauté par quoi j'expire, J'ai dans mon cœur profond et doux, Caché le mal dont sont jaloux Tes veux farouches et ton rire '

Dans l'obscurité des grands bois

Oi^i pleure le cerf aux abois,

Où meurt la bete solitaire

Portant au flanc le Irait vainqueur,

Quand a passé le sagittaire,

0 cruelle ! Emporte mon cœur !

La grande forêt sait un chant Qui donne, tant il est touchant, Des ailes aux âmes blessées.

Alors qu'il passera sur nous.

Déliant nos mains enlacées, Je veux me mettre à tes genoux.

Dans un dernier gémissement, Au loin s'est tu le cerf bramant

La forêt profonde s'est tue, Et, sans l'adieu divin du bois, Seule au mal sacré qui la tue.

S'exhale mon àme aux abois.

Ah ! si jamais lu me relires Ton cœm' faux cl lou corps sacré, Ce que loujours je pleurerai, C'est l'ivresse de mes marlyres !

C'est l'angoisse de chaque inslanl ; C'est l'effroi jaloux des caresses...

0 tortures enchanleresses !

0 mal qu'on aime en le portanl 1

0 sanglots dont l'àmc est brisée, 0 désespoirs silencieux, ^ ■ Vous eles la sainte rosée, Vous êtes la pllié des cieux !

Vous versez, cruelles délices, 0 voluptueuses douleurs, Les larmes de la nuit aux Heurs, Et le sang des Dieux aux calices !

— Non ! C'est Jjieii pour rëlemilë !

Car le temps n'a rien emporté

De mon cœur ni de ta beauté.

Sitôt que tu t'es souvenue, De si loin je t'ai reconnue!

Mon cœur s'inonda de clarté,

^- Non ! C'est bien pour l'éternité

Que tes yeux mortels m'ont dompté

De si loin je t'ai reconnue.

Sitôt que l'heure fut venue !

Dans ta grâce et dans ta fierté.

J'ai mon amour ressuscité.

— Non ! C'est bien pour l'éternité !

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